Cat's Eyes saison 2 : le vol justifié par la famille
Cat's Eyes saison 2 : le vol justifié par la famille

Depuis le 12 octobre, Cat’s Eyes est de retour le lundi sur TF1, après le succès d’audience de sa première saison en 2024. Les sœurs Chamade (Camille Lou, Constance Labbé et Claire Romain) passent du Mont-Saint-Michel au musée d’Orsay et au Centre Pompidou. L’objectif de cette saison 2 : sauver leur père et démanteler un réseau de trafiquants d’art. Pourtant, quand Tamara, Sylia et Alexia volent un tableau, on pense moins au musée qu’à leur fuite. S’il y a bien des façons plus légales de régler des problèmes de famille, celles-ci feraient sans doute de moins bonnes séries.

Une histoire de famille avant une affaire de vol

Fanny, trentenaire, friande de polars, suit avec attention la série avec son époux Nicolas depuis la première saison. « Pour Cat’s Eyes, elles avaient un but clair pour honorer la mémoire de leur père. La cause est noble donc on ne peut pas avoir un avis négatif sur le vol », raconte-t-elle. À l’époque, les sœurs croyaient leur père, collectionneur d’art, mort.

« Il y a donc une valeur familiale qui est activée par cette série et qui nous touche », explique François Jost, professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle Paris III, spécialiste de la télévision et auteur des Nouveaux méchants. Quand les séries américaines font bouger les lignes du bien et du mal (2015). Un personnage, souligne-t-il, ne se résume pas à son activité : il a une vie privée et des valeurs. Il cite l’exemple de Dexter, dont on peut condamner les meurtres tout en comprenant les motivations. Chez les Chamade, l’attachement familial rend le vol plus acceptable. La fiction ne nous demande pas forcément d’approuver leurs actes, mais nous donne envie qu’elles s’en sortent.

Fanny pense aussi à Assane Diop, incarné par Omar Sy dans Lupin, qui agit également au nom de son père. « On ne veut pas qu’il se fasse prendre et on prend plaisir à les suivre. Je trouve que c’est plutôt héroïque pour les deux. Je n’arrive pas à les voir comme des criminels. » Elle fait toutefois une différence avec les personnages de Bandi, sur Netflix, dont certains se lancent dans le trafic de drogue. La famille est pourtant au cœur des deux récits. Mais la nature des actes et la manière dont la fiction les met en scène changent notre perception. Le trafic de drogue se prête moins facilement au jeu du casse spectaculaire.

Souhaiter l’échec de la police ?

Reste le plaisir du casse, de ses préparatifs à ses imprévus. Comme dans Lupin ou La Casa de Papel, on connaît le plan avant la police. Alarmes et vigiles, pourtant là pour protéger les œuvres, deviennent des obstacles à éviter. À force de suivre les astuces des cambrioleuses, on finit par souhaiter que la sécurité échoue.

François Jost évoque d’abord l’admiration pour l’ingéniosité et l’intelligence des voleurs, mais aussi le plaisir de voir les institutions dépassées. « Jouer sur les faiblesses des institutions et les faire payer, ça amène un plaisir un petit peu sadique de la part du spectateur », observe-t-il. Dans Cat’s Eyes, la romance entre Tamara et un policier, ajoute un autre dilemme : on aimerait les voir ensemble, mais sans qu’il la démasque.

À la figure du gentleman cambrioleur solitaire, Cat’s Eyes préfère trois sœurs qui se disputent tout en se protégeant. Chamailleries et complicité comptent presque autant que leurs cascades. Une autre manière de nous attacher à ces héroïnes.

Des tableaux et du romanesque

Une œuvre d’art n’est toutefois pas un butin comme les autres. François Jost rappelle la « sacralisation » dont elle fait l’objet, entre prestige et valeur marchande. Dans Cat’s Eyes, chaque œuvre recherchée constitue une nouvelle piste dans l’enquête des trois sœurs sur leur père. Le musée n’est plus seulement un lieu de conservation, mais le décor d’une quête personnelle.

À l’écran, on admire la sécurité déjouée et la fuite, plutôt que les conséquences du vol. À l’approche du premier anniversaire du cambriolage du Louvre, le 19 octobre 2025, difficile d’oublier qu’un vol prive aussi le public de son patrimoine. Huit bijoux historiques avaient été dérobés dans la galerie d’Apollon. François Jost remarque toutefois que l’ingéniosité des malfaiteurs peut susciter l’admiration jusque dans la réalité. Le dispositif utilisé pour pénétrer dans le musée avait d’ailleurs beaucoup fait parler.

Le spécialiste n’en conclut pas que la fiction banalise ces actes. « Les spectateurs restent relativement admiratifs et distants », estime-t-il, face à des exploits qu’ils ne seraient pas capables de reproduire. On peut soutenir les Chamade sans souhaiter un nouveau cambriolage. Et devant Cat’s Eyes, continuer d’espérer que les policiers interviennent encore un peu trop tard.