Hervé Kempf à Toulon : écologie et inégalités, un combat commun
Hervé Kempf à Toulon : écologie et inégalités liées

Le journaliste et auteur Hervé Kempf a rencontré des lecteurs toulonnais le 14 octobre dernier, à la librairie Charlemagne, à l'invitation de l'association Débats-publics. Il y a présenté sa bande dessinée « Comment les riches ravagent la planète et comment les en empêcher », co-écrite avec le dessinateur Juan Mendez. L'occasion de rappeler que la question écologique est, selon lui, inextricablement liée à la question sociale.

Un essai graphique pour toucher la jeune génération

Issu du journalisme, Hervé Kempf a passé une quinzaine d'années à vulgariser les enjeux écologiques et climatiques dans les colonnes du Monde, avant de devenir rédacteur en chef du média en ligne Reporterre, fonction qu'il a occupée jusqu'en 2025. Pour adapter son livre « Comment les riches détruisent la planète », paru dans les années 2000, il a choisi le format de la bande dessinée. « Je me suis beaucoup amusé à faire ça. J'étais nul en BD, assez ignorant en dehors de Tintin, Lucky Luke et Astérix », a-t-il confié lors de la rencontre.

« On pourrait dire que c'est un essai graphique, une BD qui développe des idées par des dessins, et ça, c'est aussi le grand talent du dessinateur, Juan Mendez », a-t-il ajouté. L'objectif : trouver un langage plus accessible, notamment en direction de la jeune génération, celle qui a découvert avec sidération l'ampleur de la catastrophe écologique, à l'image de Greta Thunberg en 2018.

Un dialogue avec un milliardaire sans illusions

Hervé Kempf a raconté son entretien avec l'un des 15 premiers milliardaires de France. « Il faut savoir que les très riches sont difficiles d'accès, ils se protègent beaucoup », a-t-il expliqué. Au cours de cet échange, intervenu après la sécheresse de 2022, son interlocuteur a semblé se sentir concerné et lui a demandé : « Qu'est-ce que je peux faire ? » Le journaliste lui a suggéré de se positionner en faveur d'un fort impôt sur les plus riches, de montrer dans sa vie personnelle qu'il n'a pas besoin de maisons partout sur la planète, et d'agir pour que ses entreprises aient une politique écologique.

Le moment de vérité est venu lorsque le milliardaire a demandé : « Si j'ai moins de voitures et des voitures plus petites, est-ce que je pourrai avoir un chauffeur ? » Une question qui a provoqué les rires du public toulonnais. « Cela s'est conclu cordialement, mais le moment était terminé. Je ne me fais pas d'illusions sur les milliardaires, et leur volonté de changement », a conclu Hervé Kempf.

Des ravages écologiques encore trop invisibles

Pour Hervé Kempf, « il faut être aveugle et sourd pour ne pas se rendre compte que le monde change », même en France, pays « aussi bien protégé ». Il a notamment évoqué la sécheresse qui touche le pays, avec « des conséquences énormes », alors que les bulletins météo continuent d'annoncer « il fait beau ». Il a également pointé du doigt le lien entre pesticides et cancers d'enfants. « Les enfants ne fument pas, ne boivent pas, la majorité des cas est liée à la contamination de l'environnement », a-t-il affirmé, estimant que cela devrait faire l'ouverture des journaux télévisés, au moment du débat sur la loi Duplomb.

« On ne voit pas les ravages écologiques parce qu'on ne les montre pas. Pas assez », a-t-il regretté. L'auteur, qui se dit persuadé qu'« un autre monde est à notre portée », prône une société avec « moins de biens, mais plus de liens, consommer moins, répartir mieux ». Une idée qui a trouvé un écho favorable dans le public, où plusieurs personnes ont lancé « avec un tramway » en guise d'approbation. La bande dessinée « Comment les riches ravagent la planète et comment les en empêcher » est publiée aux Éditions du Seuil, au prix de 20 euros.