Menton : les étudiants de l'IUT s'opposent au déménagement vers Nice
IUT de Menton : les étudiants refusent le déménagement

Le mercredi 14 octobre 2026, une délégation de la Ville de Menton et des représentants de l'Institut universitaire de technologie (IUT) Nice Côte d'Azur ont été accueillis sur le campus par des étudiants opposés au projet de délocalisation du département carrières sociales vers Nice. Les jeunes avaient installé un tableau blanc à l'entrée avec le message « Bienvenue chez nous. Restons à Menton ! #mentonc’estnotremaison », ainsi que deux banderoles : « Menton doit rester, notre voix doit compter » et « Non au déménagement ».

Un projet contesté depuis plusieurs années

Le site Internet de l'IUT Nice Côte d'Azur mentionne, en note de bas de page, qu'« à compter de la rentrée universitaire 2027, toutes les formations du département Carrières Sociales seront dispensées sur le site de Nice ». Les portes ouvertes de janvier ne concerneront d'ailleurs que les campus de Nice, Cannes et Sophia, confirmant indirectement que Menton devrait être rayée de la carte. Cette situation rappelle la délocalisation du département STID (statistique et informatique décisionnelle) à Sophia en 2013.

Le projet de déménagement est étudié depuis 2018, comme l'a indiqué le directeur de l'IUT Nice Côte d'Azur, Boualem Aliouat, lors de cette visite. La décision sera soumise au « Conseil de l'institut » le 26 novembre, puis devra être actée par l'université. Les étudiants ne seront donc fixés que début 2027.

Le directeur appelle à la responsabilité

Boualem Aliouat a souligné que l'enjeu est de « tout mettre à plat », notamment d'estimer le coût du maintien d'une activité dans l'ancien collège de garçons. « Ici, nous faisons face à des inondations fréquentes. C’est un bâtiment historique, les murs boivent l’humidité. On ne peut assumer l’entretien », a-t-il expliqué. Il a également évoqué le contexte difficile des universités, « en déficit », tout en affirmant que rien n'est définitivement arrêté.

Le directeur a toutefois argué que les étudiants de Menton « n'ont pas les mêmes avantages que tous les autres » en matière de logement, de sport, de transports ou d'alimentation. Lors d'un échange avec une dizaine d'élèves, il a proposé : « Venez quand vous voulez, je vous fais une visite » pour leur montrer les conditions à Nice. Il a également affirmé que des travaux seraient entrepris l'été prochain pour agrandir le réfectoire.

Un attachement viscéral au campus

Les étudiants, interrogés sur leur ville de résidence, répondent en majorité Menton, mais aussi Cannes, Mandelieu ou Le Cannet. « Je suis pour rester ici. Il y a un cadre spécial, ce n’est pas pareil à Nice », commente l'un d'eux. Une étudiante renchérit : « C’est un très grand privilège d’étudier sur ce campus. Nous sommes une grande famille, ici. »

Alexis, étudiant en 3e année et élu au Conseil de l'Institut, rappelle que le projet de délocalisation a été présenté lors d'un comité de pilotage l'an dernier. « Mais comme il y avait des contraintes à Nice – trop peu de salles, suppression de l’atelier pédagogique, pas d’accès PMR alors que l’on accueille parfois des personnes en situation de handicap – on pensait qu’il serait enterré », déplore-t-il. Les sondages menés auprès des étudiants montrent un attachement réel : « Nous étions 83 % contre le déménagement l'an dernier. 77, cette année », précise-t-il.

Des craintes sur les conditions de vie à Nice

Les étudiants soulignent les difficultés qu'ils anticipent à Nice : « Ici, nous n’avons pas de cantine et pas de Crous, certes. Mais on s’est renseignés : à Fabron, ils se plaignent qu’il y a trop de queue à la cafétéria et que ça pose de sérieux problèmes », expliquent-ils. Mélanie, étudiante, met en avant les partenariats du BDE avec des commerces locaux : « Pas mal de choses sont en train d’être mises en place, ce serait dommage de ne plus les avoir… »

Adam va plus loin : « Le sentiment, c’est qu’on nous a enlevé des avantages et des aides pour qu’on soit le moins à l’aise possible et qu’on finisse par accepter de partir. » Pour Alexis, ce déménagement représenterait « une perte d’identité ». Pauline témoigne : « Être en petit comité aide beaucoup dans ces filières. Au milieu de 1.500 élèves, ce sera plus difficile de trouver sa place. L’an dernier, moi, je bégayais. Étudier ici m’a permis de m’ouvrir. »

Manon, quant à elle, insiste : « Menton, c’est un peu paumé mais il y a beaucoup d’opportunités. Et sur Parcoursup, on a choisi cette ville. Notre attachement au lieu est presque viscéral. Au fond, ce serait plus logique de faire venir une classe de Fabron ici… »

La mairie ne soutient pas le projet

Propriétaire du bâtiment, la commune de Menton consent des efforts pour l'Institut. Comme le rappelait l'élu Florent Champion en conseil municipal en mars 2025 : « L’IUT jouit de la même gratuité que Sciences Po, en plus d’une subvention de 80.000 euros et de la mise à disposition de deux emplois plein-temps. »

La décision, pourtant, n'est pas du ressort de la mairie. « Le déménagement de l’IUT n’est pas soutenu par la mairie, fait-on savoir du côté de la Ville. C’est l’IUT de Nice qui souhaite fermer le département de Menton. Nous devrons donc réfléchir à une nouvelle destination pour le site. »

Le directeur de l'IUT a conclu l'échange en promettant de revenir le 22 pour discuter « entre adultes », ajoutant : « On n’est pas insensibles. » La décision finale sera connue après le Conseil de l'institut du 26 novembre et l'acte de l'université, attendu début 2027.