Le récit glaçe la cour. Jugé devant les assises de la Somme, Jérôme D., 52 ans, a reconnu mardi avoir tué sa compagne, leur fils de trois ans et sa belle-sœur en avril 2022 à Amiens. Mais il conteste les accusations de viols qui pèsent contre lui. « C’est terrible, […] on a l’impression que j’ai fait un lynchage collectif », a-t-il déclaré dès l’ouverture du procès.
Face aux juges, l’accusé tente d’expliquer son passage à l’acte. « Il y a plein de choses qui ont fait que je suis devenu quelqu’un comme ça, et que je m’en suis pris sauvagement » aux victimes, ajoute-t-il. Un discours confus, alors que les faits, eux, sont particulièrement lourds. Le procès doit se poursuivre jusqu’à jeudi.
Une série de meurtres sur plusieurs jours
Selon l’enquête, les violences se sont étalées sur plusieurs jours, du 8 au 14 avril. Tout commence par une dispute avec sa compagne, Jennifer, 26 ans, « où j’ai pété un câble », reconnaît-il. Le lendemain, il prépare le petit-déjeuner à son fils avant de l’étouffer avec un oreiller. Un geste incompréhensible, même pour lui. « Je l’adorais, c’était mon petit dieu », dit-il, visiblement ému. « Pourquoi l’avoir tué ? » interroge le président. « C’était une fin de non retour, je voulais aussi partir, mais ça ne s’est pas passé comme ça », répond l’accusé. Un basculement qu’il décrit comme irréversible.
Avant ce drame, il avait envoyé un message à sa belle-sœur Amélia, 25 ans, lui demandant de venir pour lui annoncer « une nouvelle extraordinaire ». Une fois sur place, il la séquestre pendant deux jours avant de la tuer. Sur ce point, Jérôme D. affirme avoir des souvenirs « flous ». Une version contestée par les parties civiles. Un avocat souligne ses contradictions : « Vous vous souvenez d’avoir commandé de la vodka, des MacDo, acheté une cloueuse, vous envoyez des messages aux collègues d’Amelia et de Jennifer, et vous ne vous rappelez pas d’avoir fait des recherches sur internet + étouffement mécanique + ou d’avoir séquestré Amélia que vous avez forcée à se dénuder dans votre cuisine ? »
Un parcours marqué par les violences et l’alcool
À la barre, Jérôme D. évoque un passé difficile. Pris en charge par l’aide sociale à l’enfance dès sa naissance, il dit avoir subi des violences dans sa famille d’accueil. Diagnostiqué bipolaire, il reconnaît aussi des problèmes d’alcool qui ont progressivement aggravé sa situation. Il décrit « une descente aux enfers » après sa condamnation pour escroquerie à l’assurance liée à l’incendie de son bar en 2017. C’est dans cet établissement qu’il avait rencontré Jennifer, qui y travaillait comme serveuse. Au moment des faits, il était sans emploi ni ressources.
Après les meurtres, l’accusé tente de mettre fin à ses jours. Il achète une cloueuse électrique pour se suicider, sans y parvenir. Il prend ensuite la route et provoque volontairement un accident. Hospitalisé dans un état grave le 14 avril, il ne sera placé en garde à vue que deux semaines plus tard. Pour la défense, l’état psychique de l’accusé est central. Me Zanovello rappelle qu’il avait arrêté son traitement médical depuis au moins six mois avant les faits. « Vous l’avez remplacé par quoi ce traitement ? », demande-t-elle. « Par l’alcool », répond Jérôme D.
Reste désormais à la cour d’assises de trancher. Entre aveux partiels, contestation de certains crimes et zones d’ombre sur le déroulé exact des faits, l’affaire s’annonce complexe. Au cœur des débats : la question de la responsabilité de l’accusé, mais aussi celle de la préméditation et de la lucidité au moment des actes. Autant d’éléments qui pèseront lourd au moment du verdict.



