Talibans : cinq ans après, un pouvoir sans légitimité
Talibans : cinq ans après, un pouvoir sans légitimité

Le 15 août 2021, les talibans entraient dans Kaboul, mettant fin à vingt ans de présence militaire occidentale. Cinq ans plus tard, ils contrôlent le pays, mais selon de nombreux observateurs, ils n'ont pas réussi à établir une véritable légitimité. Un constat dressé par des experts et des diplomates, qui soulignent que le régime repose avant tout sur la force.

Un monopole de la violence, mais pas de légitimité

Dès leur retour au pouvoir, les talibans ont rétabli un régime autoritaire, fondé sur une interprétation stricte de la charia. Ils ont imposé des restrictions sévères, notamment à l'encontre des femmes, qui sont exclues de la plupart des espaces publics, de l'éducation secondaire et de l'emploi. Selon un rapport de l'ONU, plus de 200 décrets ont restreint les droits des femmes et des filles.

En dépit de ces mesures, le régime n'a pas obtenu de reconnaissance internationale. Aucun pays n'a officiellement reconnu le gouvernement taliban. Cette absence de légitimité politique se double d'une crise économique profonde : le PIB afghan s'est effondré de 20 % depuis 2021, et plus de 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

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Une résistance fragmentée et une population exsangue

Face à ce pouvoir, la résistance reste faible et divisée. Le Front de résistance nationale, mené par Ahmad Massoud, ne contrôle que quelques poches de territoire dans le Panshir, sans parvenir à mener une offensive d'envergure. Les attentats de l'État islamique au Khorasan (EI-K) continuent de frapper, mais ils visent surtout les civils, ce qui affaiblit encore la confiance dans toute opposition armée.

La population, elle, subit de plein fouet la crise humanitaire. Selon l'UNICEF, 3,2 millions d'enfants souffrent de malnutrition aiguë, et 23 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire, soit plus de la moitié de la population. Les sécheresses à répétition, liées au changement climatique, aggravent la situation, poussant des milliers de familles à l'exode.

Un isolement international qui perdure

Sur le plan diplomatique, les talibans n'ont pas réussi à briser leur isolement. Les sanctions économiques et le gel des avoirs de la banque centrale afghane (près de 9 milliards de dollars) restent en place. Les pourparlers de Doha, qui se sont tenus en mai 2025, n'ont abouti à aucune avancée concrète, les talibans refusant de céder sur les droits des femmes.

Quelques pays, comme la Chine et la Russie, entretiennent des contacts diplomatiques avec Kaboul, mais sans aller jusqu'à la reconnaissance officielle. Cette situation maintient l'Afghanistan dans une impasse, où le monopole de la violence ne suffit pas à asseoir un pouvoir durable.

Quel avenir pour l'Afghanistan ?

Cinq ans après, le bilan est sans appel : les talibans tiennent le pays par la force, mais ils n'ont ni la légitimité interne ni la reconnaissance internationale nécessaires pour stabiliser l'Afghanistan. La communauté internationale, tout en condamnant les violations des droits humains, n'a pas de stratégie claire pour sortir de cette crise. Selon un diplomate occidental, « il n'y a pas de solution militaire, mais il n'y a pas non plus de solution politique tant que les talibans ne changeront pas d'approche ». En attendant, ce sont les Afghans qui paient le prix fort.

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