Violences du 17 octobre : 557 gardes à vue, couvre-feux étendus
Violences du 17 octobre : 557 gardes à vue, couvre-feux étendus

Les suites judiciaires des violences du week-end du 17 octobre se précisent. La procureure de Paris, Laure Beccuau, a indiqué mardi sur RTL que 557 gardes à vue ont été réalisées, dont 89 % à 90 % concernaient des majeurs. Près de 300 personnes ont été présentées à un magistrat, c'est-à-dire qu'elles ont comparu devant un juge. Par ailleurs, de nouveaux couvre-feux ont été instaurés à Paris, Marseille, Lyon, Toulouse et Aubagne, tandis que le gouvernement annonce un dispositif policier « massif » pour samedi.

Un bilan judiciaire et policier en cours

La procureure de Paris a précisé que les magistrats continuent de traiter les interpellations qui ont eu lieu dimanche. « Nous en sommes à près de 300 personnes qui ont été présentées », a-t-elle ajouté, soulignant l'ampleur du travail judiciaire en cours. Six enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN, la « police des polices », pour des violences commises les 17 et 18 octobre.

À Paris, un homme a été interpellé après le pillage de commerces, dont une boutique de luxe, a annoncé la préfecture de police sur X. Les enquêteurs ont retrouvé dans son téléphone « des photos de lui devant la boutique pillée et des appels à manifester ». Par ailleurs, 200 enquêteurs sont mobilisés rien qu'à Paris pour identifier les casseurs et les pilleurs.

Des couvre-feux étendus dans plusieurs villes

La préfecture de police de Paris a instauré un nouveau couvre-feu autour de la place de la République et des Halles, de mardi 23 heures à mercredi 6 heures. Un autre arrêté interdit « tout rassemblement non déclaré » de mardi 20 heures à mercredi 6 heures, notamment autour de l'Élysée, de l'Assemblée nationale, du Sénat, des Champs-Élysées, de Châtelet, de la place Vendôme ou des gares.

À Marseille, la préfecture des Bouches-du-Rhône a précisé les contours du couvre-feu pour les mineurs, en vigueur de mardi soir à vendredi inclus, de 22 heures à 5 heures, autour des centres commerciaux et dans le centre-ville. Il s'étend également à des secteurs d'Aubagne et à la zone commerciale de Plan de Campagne, victime d'une tentative de pillage samedi. À Lyon, le couvre-feu dans l'hyper-centre de la Presqu'île est reconduit mardi soir de 21 heures à 6 heures. À Toulouse, un couvre-feu est instauré de jeudi à dimanche, de minuit à 5 heures, autour du Capitole et de quelques rues commerçantes, afin de « prévenir des exactions supplémentaires » et d'empêcher de « nouveaux actes quasi-insurrectionnels ».

Le gouvernement durcit le ton et prépare la suite

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que le dispositif policier pour samedi « sera massif », alors que de nouvelles manifestations sont annoncées. Il a estimé que le dispositif de samedi dernier était « trop statique et pas assez mobile ». Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a indiqué que « la doctrine va être revue pour samedi », avec des moyens accrus en volume, en forces engagées et en réactivité pour « percuter, impacter ces groupes qui dispersent les forces de l'ordre de manière extrêmement planifiée ».

Le gouvernement a également dévoilé une série d'aides pour les commerces pillés et dégradés, dont un prêt à taux zéro dès vendredi. La nuit de lundi à mardi s'est déroulée sans incident notable, selon police et gendarmerie, et les couvre-feux ciblés y « ont contribué », a estimé le Premier ministre sur X. De nouveaux couvre-feux seront décidés « là où la situation le nécessite ».

Réactions politiques et inquiétudes économiques

Les échanges ont été vifs à l'Assemblée nationale entre Sébastien Lecornu et Mathilde Panot (LFI), le Premier ministre demandant à la députée si elle condamnait l'incendie de la mairie de Limoges. « Vous n'avez pas eu un mot pour le jeune qui a eu la main arrachée à Saint-Étienne ou l'adolescente qui a été éborgnée à Mulhouse », lui a-t-elle répondu. Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a exprimé ses craintes que les commerçants ne basculent dans l'autodéfense, tandis que le PS dénonce « l'abandon de la sécurité publique » et Eric Ciotti parle d'un « naufrage sécuritaire ».

Sur le plan économique, les conditions de financement de la France se sont durcies : l'écart entre le taux d'emprunt à dix ans français et allemand a atteint mardi son plus haut niveau depuis novembre 2011, à 1,53 point de pourcentage, le taux français finissant à 4,93 % et l'allemand à 3,40 %. Carrefour a annoncé revoir légèrement à la baisse ses objectifs financiers pour 2026, en raison de « la dégradation de la situation sociale et sécuritaire » qui « pèse fortement » sur la consommation. Plus d'un millier de vélos en libre-service ont été détruits lors des violences, représentant environ 5 % de la flotte parisienne, selon les opérateurs Lime, Dott, Voi et Vélib'.