Octobre rose : des photos sonores pour traverser le cancer au CHU de Montpellier
Photos sonores : un réconfort pour les patients du CHU de Montpellier

À l’occasion d’Octobre rose, le CHU de Montpellier met en lumière un projet singulier : des photographies sonores réalisées auprès de 14 patients atteints de cancer ou hospitalisés en soins palliatifs. Porté par Laure Meravilles, journaliste et « audiographe hospitalière », ce dispositif nommé « La boîte à bijoux » offre aux malades un espace de parole centré sur leur histoire de vie, loin de la maladie.

Un accompagnement au plus près des patients

Laure Meravilles intervient au sein de l’unité d’oncologie de l’hôpital Saint-Eloi, pendant les séances de chimiothérapie, ou dans le quotidien des patients en unité de soins palliatifs. Intégrée à l’équipe de soins, elle adopte pourtant une posture particulière : « On parle de tout sauf du cancer, autour de l’histoire d’un tatouage parfois, d’un bijou souvent », explique-t-elle.

Le projet repose sur un principe simple : chaque patient choisit un objet symbolique, comme un bijou ou un tatouage, et en livre le récit. Cette histoire est ensuite enregistrée, puis associée à une photographie originale confiée à Christelle Labrande, qui la tatoue d’un QR code. En flashant ce code, il est possible de réactiver le récit, d’une durée de quatre minutes à une demi-heure, à tout moment.

Des témoignages marquants de résilience

Marjorie, 53 ans, atteinte d’un cancer du sein, a découvert ce dispositif par l’intermédiaire d’un infirmier. « La photo sonore a été le cadeau de la fin de la cure », se souvient-elle. Son récit s’articule autour d’un tatouage représentant un phénix, « une évidence ». « Je suis fière de ce projet. J’ai pu penser à autre chose, ça met du baume au cœur », témoigne-t-elle, alors qu’elle doit encore subir une ablation des seins et suivre une hormonothérapie.

Sophie, 56 ans, suit un parcours similaire. « À chaque séance de chimiothérapie, Laure était là. Il y en a eu sept. Elle s’asseyait à côté de moi, c’est là qu’on a fait la photo et l’interview », raconte-t-elle. Son histoire est liée à un pendentif offert par son mari, deux cœurs entrecroisés. « Je viens de recevoir ma photo sonore, c’est un bout de moi. Et ça m’a fait tellement de bien de voir le monde extérieur venir à moi à l’hôpital, avec bienveillance », ajoute-t-elle, soulignant l’effet apaisant de ces moments : « Les produits assomment. Là, il fallait rester concentrée, c’était apaisant. »

Un projet soutenu et appelé à se développer

La réalisation de cette série a été soutenue par l’agence régionale de santé, la direction régionale des affaires culturelles et le fonds Guilhem du CHU. Avant d’être exposée à l’hôpital dans un an, elle donne déjà une autre image de la maladie. Laure Meravilles, forte d’un diplôme universitaire d’accompagnement en fin de vie et en soins palliatifs obtenu il y a un an, souligne l’importance de l’intégration aux équipes : « Le plus important pour moi, c’est l’intégration aux équipes qui m’ont adoptée, c’est une œuvre collective. »

Le projet a toutefois été marqué par la disparition de quatre participants, dont Laurent, « le patient avec qui j’ai co-construit le projet ». Un cadre de santé de l’unité de soins palliatifs lui a confié : « Chez nous, le projet de vie peut être à la journée. » Laure Meravilles cherche désormais des financements pour poursuivre l’expérience, et imagine déjà l’étendre à d’autres services, comme la psychiatrie.