Gilets jaunes : l'État restreint les défilés et mobilise 20 % de forces en plus
Gilets jaunes : restrictions et renforts policiers annoncés

À deux jours de l'acte II des gilets jaunes, le gouvernement durcit le ton. Emmanuel Macron a annoncé jeudi que les autorités interdiront les manifestations et regroupements sans « légitimité » et proposeront des « tracés alternatifs » aux syndicats pour protéger les centres-villes. Les effectifs des forces de l'ordre seront « 20 % supérieurs » à ceux mobilisés le 17 octobre, a fait savoir le ministère de l'Intérieur.

Une doctrine d'interdiction assumée par l'Élysée

À l'issue d'une réunion à l'Élysée avec les services de renseignement, le président de la République a précisé la nouvelle doctrine : « partout où il y a une volonté de manifester, de se regrouper, des demandes qui sont faites par des gens qui n'ont aucune légitimité pour cela, elles seront interdites par les préfets ». Il a ajouté : « Ce n'est pas le moment, nous voulons le retour au calme ».

Pour les demandes déposées par des organisations syndicales, des tracés alternatifs seront proposés « pour protéger nos centres-villes en particulier nos commerces et nos bâtiments publics cinq jours après les violences et les pillages », a-t-il justifié. Le chef de l'État a également évoqué les débordements de samedi dernier : « Nous avons eu samedi dernier tout à la fois des actes politiques et même séditieux qui ont été conduits par des groupes organisés d'ultragauche qui visent à faire tomber la République avec une extrême dangerosité, une très grande violence et une planification et, à côté de ça, des actes de délinquance sur lesquels nous devons avoir aussi la plus grande dureté mais qui ne sont pas de la même nature. »

Interdictions dans les grandes villes, mobilisation inédite

Dès jeudi, les préfets ont annoncé des interdictions de rassemblements dans plusieurs grandes villes : Rouen, Nice, Lyon ou encore Montpellier, où toute manifestation est interdite dans un large périmètre du centre-ville et où aucun tramway ne circulera. À Marseille, la préfecture des Bouches-du-Rhône a indiqué qu'aucune manifestation déclarée ou non n'est autorisée « pour des raisons évidentes de sécurité et de disponibilité des forces de sécurité intérieure ». À Paris, le couvre-feu entre 23 h et 6 h dans certains périmètres a été prolongé jusqu'à lundi, et le tracé du défilé des gilets jaunes – entre Bastille et l'Opéra – a été retoqué, tandis que celui de la CGT a été validé.

La coordination des gilets jaunes a réagi en affirmant : « Nous serons bien présents à Bastille dès samedi midi », déplorant « un choix irresponsable qui favorise les tensions, les violences et la casse dans les rues de Paris ». Face à eux, le gouvernement a annoncé que les effectifs des forces de l'ordre seront « 20 % supérieurs » à ceux du 17 octobre. Le ministère de l'Intérieur a précisé : « Nous avons rappelé des personnes qui devaient être en vacances et qui ne le seront pas, les armes intermédiaires comme les LBD et grenades de désencerclement pourront être utilisées », et a indiqué que l'armée et les unités spéciales de police seront mobilisées.

Conseil de défense et rencontre avec les lycéens

Pour asseoir sa tentative de reprise en main, Emmanuel Macron présidera ce vendredi un conseil de défense, puis rencontrera à 15 h les organisations lycéennes afin « d'écouter leurs revendications et inquiétudes », selon l'Élysée. Par ailleurs, le garde des Sceaux a annoncé que 2 700 personnes ont été placées en garde à vue, dont 217 incarcérées.

Dans le même temps, un second suspect a été interpellé et placé en garde à vue dans l'enquête sur l'incendie criminel de la mairie de Limoges, survenu samedi en marge des manifestations. L'individu, âgé de 66 ans, a été interpellé tôt jeudi dans la Creuse avec l'assistance du Raid, pour destruction en bande organisée d'un bien par moyen dangereux pour les personnes. Un autre suspect, 34 ans, avait été interpellé mardi ; sa garde à vue a été prolongée de 48 heures et il est désormais visé par une enquête pour « tentative de meurtre » car des policiers se trouvaient à l'intérieur du bâtiment.

Enfin, un recours a été déposé au conseil d'État par l'association de défense des libertés constitutionnelles et le Syndicat de la magistrature contre la volonté d'Emmanuel Macron de n'autoriser que certaines manifestations. Les partis de gauche (LFI, PS, Verts, PCF), reçus jeudi par le gouvernement, sont ressortis « en colère » face au manque de réponse sur les revendications sociales et sur le fiasco sécuritaire du 17 octobre.