Le commissariat de Cagnes-sur-Mer et Saint-Laurent-du-Var, qui dessert près de 100 000 habitants, ne compte plus que 120 policiers nationaux, soit 30 de moins qu'il y a trois ans. Face à cette situation, le maire Joseph Segura et le député Cyril Tribuiani ont mis de côté leurs divergences politiques pour réclamer un renfort de 20 policiers.
Des effectifs en chute libre
Selon le syndicat Alliance, l'organigramme tomberait même à 45 policiers au total, en raison des arrêts maladie, des demandes de disponibilité, des départs à la retraite anticipés et des formations. Sur la même période, les enquêteurs sont passés de 39 à 17.
Mercredi 7 octobre 2026, une conférence de presse a réuni des représentants du personnel, le maire Nouvelle énergie de Saint-Laurent-du-Var, Joseph Segura, et le député Rassemblement national de la 6e circonscription, Cyril Tribuiani. Une rare concorde entre les deux hommes, qui s'écharpent habituellement par communiqués interposés.
Des missions dévoyées et une surcharge de travail
« On est attendus par nos électeurs sur ces enjeux de sécurité. Nous devons dépasser nos clivages politiques », s'accordent-ils à dire. Le maire souligne qu'il y a « énormément de public à Cap 3000, le plus gros centre commercial de la Côte. Avec le port et ses restaurants, nous avons une vie nocturne très active. Et pourtant, à 18 h, le bureau de la police nationale est fermé, il faut aller à Cagnes. Il n'y a que trois policiers nationaux qui tournent la nuit sur les deux communes ! Et nous n'avons pas reçu de renforts cet été », s'indigne Joseph Segura, ancien policier.
Cyril Tribuiani, son allié de circonstance, embraye : « C'est pour ça que les maires sont obligés de combler avec la police municipale (PM) ». Parfois au détriment de son voisin, comme ça s'est vu cette année, le maire RN de Cagnes, Bryan Masson, ayant débauché huit agents à Saint-Laurent.
Des élus qui exigent des renforts
Les élus exigent du gouvernement l'envoi d'au moins 20 renforts sur la circonscription et de 100 agents à l'échelle du département. Un nombre poussé à 300 par Alliance. Seuls douze effectifs sont promis par l'État pour cette année.
« La police nationale est en train de s'effondrer dans les Alpes-Maritimes. Il y a des commissariats où il n'y a presque plus personne, les bureaux sont vides. À Cagnes, le commissaire Sébastien Laroze fait un travail extraordinaire. C'est un miracle qu'il n'y ait pas plus d'évènements graves », estiment les syndicalistes Lilie Jalabert et Jean-Luc Bragato.
« On se retrouve avec des enquêteurs formés à la brigade des stupéfiants qui prennent en charge des plaintes pour violences sexistes et sexuelles, sans être formé. Certains doivent également gérer jusqu'à 500 dossiers. Ça n'a plus aucun sens. Parmi les agents rencontrés, 3 sur 4 confient qu'aujourd'hui, s'ils devaient choisir une carrière, ils ne feraient plus policier ».
Les représentants syndicaux achèvent leur propos avec un chiffre cinglant : six policiers nationaux se sont suicidés ces deux dernières années dans les Alpes-Maritimes.
Un ras-le-bol généralisé
« On envoie face à des gens qui souffrent, des policiers qui souffrent aussi. On n'est pas à l'abri de voir des agents poser leurs boucliers au sol ou se mettre en arrêt maladie », prévient Jean-Luc Bragato, délégué départemental d'Alliance 06. Après avoir manifesté à Paris le 15 septembre sans que leurs revendications soient entendues par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, les policiers rejoindraient-ils le cortège intersyndical du 17 octobre 2026 ? « On va y réfléchir. »