La grève déclenchée par l'intersyndicale de France Inter pour protester contre l'arrivée de Charles Sapin à l'antenne a conduit la direction de la radio à supprimer sa chronique hebdomadaire. Cette décision, annoncée ce samedi, soulève des questions sur la conception du pluralisme des syndicats de journalistes de la station publique.
Une chronique supprimée après une mobilisation
Charles Sapin, qui a rejoint France Inter cet été après avoir été directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, devait animer une chronique politique le dimanche matin. Face à la contestation du personnel et à un appel à la grève, la direction de France Inter a choisi de supprimer cet édito hebdomadaire. Un nouvel appel à la grève a été déposé pour ce lundi 21 septembre.
Le parcours de Charles Sapin est au cœur de la controverse : il a travaillé pendant dix ans comme journaliste politique au Figaro puis au Point, avant de devenir directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles. Autrement dit, il est catalogué à droite, ce qui a motivé l'opposition des syndicats.
Un débat sur la neutralité du service public
Pour Baptiste Bize, directeur de la rédaction, cette réaction des syndicats trahit leur conception du pluralisme. Selon lui, le service public ne devrait pas enfermer ses auditeurs dans une forme de pensée unique, sur le modèle des bulles algorithmiques qui confortent les opinions sur les réseaux sociaux. Il rappelle que France Inter, en tant que radio publique financée par les contribuables, est soumise à une stricte obligation de pluralisme, contrairement à des médias privés comme Europe 1 et CNews qui peuvent assumer une ligne éditoriale engagée à droite.
Le débat s'inscrit dans un contexte tendu, marqué par la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public, menée par le député UDR Charles Alloncle. Ce dernier a été accusé par Baptiste Bize d'avoir « tordu les faits, détourné les débats et dévoyé l'institution » pour instruire un procès à charge contre le service public et servir sa communication personnelle sur les réseaux sociaux.
Des auditeurs libres de se faire leur opinion
Baptiste Bize souligne que les auditeurs sont libres de ne pas partager les analyses de Charles Sapin, comme celles des autres éditorialistes sur les antennes de Radio France. Ils sont aussi libres de les écouter et de se faire une opinion. En s'obstinant dans la grève et en poussant la direction à supprimer la chronique, les syndicats de France Inter offrent, selon lui, à Charles Alloncle sa plus belle démonstration.
Cette affaire illustre les tensions autour de la diversité des opinions dans les médias publics et pourrait avoir des répercussions sur la confiance des auditeurs dans l'indépendance de la radio.



