Le PS dévoile son projet : 600 propositions pour un virage à gauche radical
PS : 600 propositions pour un virage à gauche radical

Le projet socialiste : 600 propositions pour répondre aux critiques

« Olivier Faure ne travaille pas. » Combien de fois le Premier secrétaire du Parti socialiste a-t-il entendu cette phrase, répétée en boucle par ses camarades ? Les reproches de paresse intellectuelle pleuvent ; on l'accuse en interne de privilégier la tactique au fond. Avec la publication, ce mercredi, d'un projet de 144 pages contenant 600 propositions, Olivier Faure espère enfin faire taire ces critiques. Las, ses opposants étrillent déjà « une liste à la Prévert sans vision » et un « fourre-tout ». « C'est surréaliste de présenter un budget sans chiffrage ! », fulmine un élu.

Une démarche occupationnelle pour un texte charpenté

Chargée de la coordination du programme, l'eurodéputée Chloé Ridel défend « un texte charpenté » à « l'ambition radicale », « un récit politique autour de la liberté » à même de refonder le socialisme. « J'y vois une démarche occupationnelle pour montrer que le PS n'est pas à l'arrêt », griffe l'ancien patron du PS Jean-Christophe Cambadélis. « C'est plus un dégradé du programme du NFP qu'une rupture avec ce dernier ».

Si le projet doit encore être amendé et soumis au vote des militants, il entérine le virage à gauche opéré par le parti depuis 2018, amputé de son aile sociale-démocrate favorable à la politique de l'offre et ralliée à l'économie de marché. « Le PS ne propose rien sur les retraites, rien de sérieux sur la question des déficits et des salaires. Ils donnent des signes pour empêcher Jean-Luc Mélenchon de dire qu'ils sont passés du côté de Macron », soupire un anti-fauriste.

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L'empreinte idéologique de la première gauche

Au fil des pages, le concept de social-démocratie est mis à distance. « Il doit être dépassé », peut-on lire. Les enjeux liés au déficit, au coût de notre modèle social et à la compétitivité des entreprises sont éclipsés au profit d'une grille de lecture keynésienne : relance par l'investissement, taxe Zucman… On y décèle l'empreinte idéologique de Liêm Hoang-Ngoc, un défenseur de la première gauche passé par La France insoumise avant de revenir au PS pour occuper le poste de secrétaire national à l'économie.

« Nos mesures fiscales apportent des recettes », assure Chloé Ridel, sans chiffrages précis. On trouve aussi la hausse du smic à 1 690 euros, des dépenses supplémentaires (« des chèques-soleil » pour favoriser les panneaux solaires, un revenu d'autonomie pour les jeunes dès 18 ans, les repas Crous à un euro…). « La mesure sur les repas étudiants est inutile ! Ce n'est pas une vision ! » déplore l'économiste Xavier Timbeau, auditionné par le PS lors de la phase de construction du projet. « Ça n'a aucun sens ! Avant, c'était à un euro pour les boursiers et 3,50 euros pour les autres. »

Le tournant sur les retraites et l'immigration

Les socialistes tournent le dos à la retraite à 60 ans, « objectif commun » visé par le programme du NFP, qu'ils avaient signé. Hors micro, beaucoup jugeaient cette mesure « irréaliste ». Ils optent maintenant pour un retour aux 62 ans, une durée de cotisation de 43 annuités et un départ anticipé pour les métiers pénibles. Le système par répartition est donc préservé. « La démographie n'est pas un défi insurmontable pour sa pérennité », peut-on lire dans le document. Pas un mot sur le fait qu'on comptera, d'ici 2070, 1,76 cotisants pour un retraité selon les prévisions du Conseil d'orientation des retraites, contre 4 pour 1 en 1960. Rien non plus sur le poids des retraites dans la dépense publique au détriment des investissements pour la recherche, l'éducation, la justice…

Quant aux questions de sécurité et d'immigration, le PS continue de s'inscrire à rebours de la gauche scandinave, partisane d'un durcissement des politiques. La copie du parti à la rose préfère insister sur la régularisation des travailleurs sans papiers. L'immigration illégale et l'exécution des OQTF ne sont pas évoquées.

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Pourtant, une enquête BVA datée de 2023 soulignait que 80 % des Français sont favorables à une plus grande fermeté sur les OQTF et les immigrés délinquants, dont 69 % des sympathisants socialistes. « Il faut arrêter de fabriquer de faux irréguliers pour se donner les moyens d'exécuter les OQTF qui sont justifiées pour ceux qui font peser un danger sur la sécurité », précise Chloé Ridel.

Inspiration hispanique et mesures surprenantes

Son inspiration est moins nordique qu'hispanique ; elle cite ainsi Pedro Sánchez et sa politique de régularisation comme un modèle. Elle assume l'emploi récurrent du terme « islamophobie » dans le programme. Une notion critiquée par plusieurs socialistes comme Laurence Rossignol et Jérôme Guedj au nom du droit au blasphème.

Le tout est noyé sous des reprises de promesses non tenues de François Hollande (limiter les écarts de salaires de 1 à 20 dans les entreprises, introduction d'un récépissé de contrôle d'identité), et des mesures parfois plus surprenantes : création d'un « véritable service public du beau et du calme dans chaque territoire », « une semaine de classe verte » pour tous les enfants ou encore un appel à « sauver la nuit » de la « pollution lumineuse » aux contours encore nébuleux.

La question stratégique et l'électorat cible

« La présidentielle ne va pas se jouer sur une liste de mesures », s'alarme un parlementaire. « À quoi va servir ce projet si on ne tranche pas la ligne stratégique ? Ce projet va s'inscrire dans quel cadre, dans quel périmètre ? » Pour l'instant, Olivier Faure refuse de trancher le mode de désignation du candidat socialiste et espère attirer les électeurs de Jean-Luc Mélenchon en repositionnant son parti à gauche. « Celui qui cible le mieux l'électeur médian de la gauche, c'est Olivier Faure », veut croire Liêm Hoang-Ngoc. « Si on s'en tient à la droite du PS et au centre gauche, on ne passe pas le second tour ».

D'autres estiment que le PS ne doit pas oublier le centre et regarder du côté des électeurs de gauche qui ont voté pour Emmanuel Macron, aujourd'hui déboussolés par sa droitisation. « Il y a un espace au centre gauche pour la présidentielle, mais qui peut l'incarner ? Au PS, ils se sont radicalisés, ils parlent de démarchandisation ! » observe un conseiller à l'Élysée.

« Le PS reste sensible aux manifestations de la gauche militante. Mais la gauche militante est avec Jean-Luc Mélenchon, ils n'auront jamais cet électorat. Ce qui est en jachère, ce sont les déçus du macronisme », développe Jean-Christophe Cambadélis. Pas sûr que l'électorat de centre gauche soutienne un tel programme. De quoi faire les affaires de Raphaël Glucksmann.