La mécanique LFI : un modèle de démocratie interne ?
La mécanique LFI : un modèle de démocratie interne ?

C'est pitié de les voir, les uns et les autres, tous tant qu'ils sont, se débattre dans des chamailleries incompréhensibles, surfant sur les statuts abscons de leurs partis respectifs. Ils se veulent ou sont déjà candidats à l'élection présidentielle et, conscients d'un trop-plein mortifère, n'ont qu'une ambition : accoucher d'une procédure qui éliminera tous les gênants, les intrus, les imposteurs qui encombrent leur chemin.

La guerre au Parti socialiste

Au bureau national du PS, cette semaine, c'était la guerre dans un tunnel entre fauristes (de Faure, Olivier, président du PS) et vallaudistes (de Vallaud, Boris, patron du groupe parlementaire). Ils ne sont d'accord sur rien : primaire ou pas, son périmètre, timing de la désignation du candidat. Travail de sape, avec Hollande « qui se prépare » dans le rôle du mineur, mine de rien. Du côté des Écologistes, Marine Tondelier, à peine déclarée, se voit malmenée…

On ne parle pas de la droite républicaine qui élit dans l'indifférence générale son candidat, Bruno Retailleau, ni du bloc central qui grouille de postulants, chacun cherchant la lumière pour faire oublier les autres.

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L'ordre apparent de La France insoumise

Propre, clair, huilé. C'est pitié, sans doute, mais c'est le jeu après tout normal à un an de l'échéance même s'il est exacerbé dans ce millésime 2027 qui doit gérer la fin du bipartisme. Patience, tout ça devrait se décanter. Ou mal finir.

Évidemment, en comparaison, on ne peut qu'admirer l'ordre qui règne dans la France insoumise. Voilà enfin un mouvement bien tenu, un modèle de démocratie interne qui mérite qu'on s'y arrête et qui ne peut que faire des envieux. Tout est propre, clair, huilé, à chaque étape du processus qui conduira à la désignation du candidat, dont on se demande bien qui il pourrait être.

Une procédure originale

D'abord, la feuille de route du parti prévoit qu'une centaine de personnes élues (députés, députés européens, maires) constituées en un intergroupe parlementaire, propose une candidature, sur proposition de la Coordination des espaces. Une procédure qui convient parfaitement aux 68 120 militants, pourtant exigeants et formés à la dialectique. Mieux, elle les enthousiasme. C'est à 96,6 % qu'ils adoptent cette feuille de route.

Pardon, ici, de faire remarquer que Bruno Retailleau, avec ses 73 % des quelque 33 000 adhérents LR qui l'ont désigné, fait piètre figure. Il est vrai que les militants LFI, eux, ne se sont pas prononcés sur un nom, mais sur un principe de désignation. Peut-être seront-ils plus partagés face à des candidats concurrents.

Encore que ce ne soit pas certain. Car il nous faut parler de la « coordination des espaces », une dénomination prometteuse, sinon poétique, qu'on appellerait ailleurs la « chefferie » ou « la direction ». Si l'on a bien compris, c'est elle qui dira à l'assemblée des élus insoumis le nom du candidat qu'elle doit proposer. C'est original.

Les élus, en outre, n'auront pas à voter sur le nom qu'on leur impose. Ici, on tique : n'est-ce pas là une contravention à la démocratie ? Pas du tout ! La France insoumise a bien mieux en magasin qu'un bête scrutin de conception bourgeoise.

Le consensus comme ultime arbitrage

Ce « mieux », autrement plus fécond, s'appelle, en langage LFI, un consensus ! Et là, on s'incline devant pareille avancée démocratique : le consensus comme ultime arbitrage si, d'aventure, d'autres propositions de candidatures advenaient.

En 2022, seul Mélenchon, sans contestation, avait émergé de cette procédure remarquable à tous égards. On ne s'étonnerait pas qu'elle soit le fruit des cogitations de l'Institut La Boétie, le think tank de LFI dont Jean-Luc Mélenchon est le coprésident.

2027 sera-t-il la réplique de 2022 ? La fin du suspense est à attendre avant l'été, quand les autres malheureux compétiteurs seront encore en pleine panade. Leurs procédures, en fait, n'y sont pas pour grand-chose. Leurs tambouilles ne sont qu'un symptôme : celui de partis en panne d'un chef naturel qui incarne, qui impose, qui s'impose. Un Mélenchon, quoi !

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