Coup de foudre à Calais : une veuve et un migrant défient les préjugés
Coup de foudre à Calais : une veuve et un migrant

Béatrice et Mokhtar ne se seraient jamais rencontrés si les routes de l'exil ne passaient pas par Calais. En 2016, dans la « jungle », cette micro-société d'hommes venus d'ailleurs et rejetés partout, une amitié improbable s'est transformée en histoire d'amour. Leur relation a défié les préjugés, les frontières et la raison.

Deux mondes opposés dans le même décor

Béatrice est une ancienne aide-soignante auprès de personnes âgées, devenue formatrice. Elle est surtout la veuve d'un policier proche de l'extrême droite. Mokhtar, lui, est un instituteur iranien contraint de fuir son pays, menacé en raison de son métier et de ses convictions. Comme des milliers d'exilés, il rêve de rejoindre l'Angleterre. Mais la route s'arrête à Calais, sur la rive française de la Manche.

La « jungle » n'est pas un lieu de vie ordinaire. Elle incarne l'entre-deux, une zone de passage où des hommes attendent, espèrent et tentent l'impossible. C'est là que Béatrice et Mokhtar se croisent. D'un côté, une femme ancrée dans une histoire familiale marquée par le sécuritaire et la méfiance de l'autre. De l'autre, un homme étranger, sans papiers, sans ressources, mais habité par un projet : traverser.

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L'attirance des contraires

Leur relation relève de l'attirance des contraires. Deux pôles magnétiques opposés qui s'aimantent malgré tout, et peut-être à cause de tout. Béatrice ne s'attendait pas à tomber amoureuse de celui que son milieu aurait désigné comme un ennemi. Mokhtar ne pensait pas trouver, sur cette terre d'attente, une femme prête à le comprendre.

Leur histoire est ponctuée d'aventures rocambolesques. Elle est racontée par Béatrice elle-même dans un livre paru en 2017, « Calais mon amour » (Béatrice Huret, Kero, 2017). Le récit mêle l'intime et le collectif, la chronique d'un amour interdit et le portrait d'une époque troublée.

La cage, la liberté et la Manche

Leur amour s'est construit sur un paradoxe : Mokhtar veut partir, Béatrice le sait. « Je ne voulais pas lui dire de rester avec moi. Ça aurait été le mettre en cage », confie-t-elle. Cette phrase résume à elle seule toute la tension du récit : aimer, c'est aussi laisser libre.

Ils vont s'aimer contre vents et marées, de part et d'autre de la Manche. Mokhtar finira par traverser, Béatrice restera en France. Leur histoire ne s'arrête pas au départ ; elle se poursuit dans l'absence, les allers-retours, les espoirs et les désillusions.

Un amour qui interroge les préjugés

Cette histoire a marqué ceux qui l'ont croisée. Elle montre qu'une relation amoureuse peut surgir là où les affrontements politiques et les crispations identitaires semblent avoir le dernier mot. La veuve d'un policier proche de l'extrême droite et l'instituteur iranien migrant : tout les opposait, pourtant ils se sont reconnus.

En 2017, Béatrice a transformé cette expérience en livre. « Calais mon amour » n'est pas seulement un témoignage personnel. C'est aussi une plongée dans la « jungle », cette zone de non-droit où des hommes de « nulle part » tentent de rejoindre une terre promise. Le livre donne une humanité à ceux que l'on préfère souvent ne pas voir.

Le vingt-quatrième épisode d'une série consacrée aux amours transgressives

Le récit de Béatrice et Mokhtar s'inscrit dans une série intitulée « Quand l'amour bouscule les interdits », qui explore des histoires d'amour ayant défié les normes de leur époque. Ce vingt-quatrième volet, publié le 2 août 2026, a été signé par la journaliste Cécile Deffontaines. Il rappelle que l'amour ne se laisse pas enfermer dans des cases.

Au-delà du cas particulier, cette histoire interroge notre rapport à l'autre, à l'étranger, à celui ou celle que l'on croit différent. Béatrice et Mokhtar incarnent une leçon de courage : celle de ne pas suivre les sentiers balisés par la peur et la haine.

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