Trafic d'œuvres d'art : Montpellier au cœur de la lutte
Montpellier, capitale mondiale de la lutte anti-trafic d'art

Des experts internationaux étaient réunis cette semaine à Montpellier pour croiser leurs compétences et parfaire leur formation à travers des exercices pratiques, dont le musée Fabre a été le théâtre. Pendant quelques jours, la ville est devenue la capitale mondiale de la lutte contre le trafic de biens culturels, un fléau classé troisième au monde par son ampleur.

Un exercice en conditions réelles au musée Fabre

Le musée Fabre s'est transformé en scène de crime. Dans l'une des salles de l'institution culturelle montpelliéraine, du verre brisé répandu au sol et un cadre ensanglanté abandonné. La toile qu'il contenait, elle, s'est volatilisée. Un exercice en conditions réelles qui laisse circonspect les visiteurs du jour – le musée étant resté ouvert pour accroître le réalisme – alors que les experts s'affairent à recueillir les preuves.

Les participants viennent des quatre coins du monde : police judiciaire et scientifique du Portugal ou du Royaume-Uni, militaires français et agents de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC), marins douaniers grecs, spécialistes venus de Malte, du Monténégro, de l'Albanie ou des États-Unis. Tous participent à une semaine de formation et d'exercices qui doivent les conduire à enquêter dans différents lieux de Montpellier, et jusque sur le port de Sète.

La Heritage Crime Task Force, un réseau international

Montpellier doit sa transformation, pour quelques jours, en capitale mondiale de la lutte contre le trafic de biens culturels à une entité peu connue du grand public et pourtant sur tous les fronts lorsqu'il s'agit de protéger le patrimoine et les œuvres d'art : la Heritage Crime Task Force (HCTC). Cette unité opérationnelle internationale a été créée sous l'impulsion de l'OSCE pour coordonner la lutte. Sa stratégie ? Constituer un réseau fédérant tous les acteurs, depuis les conservateurs de musées jusqu'aux enquêteurs de police judiciaire et les agents aux frontières, comme le détaille le patron de cette Task Force, Cameron Walter.

« Œuvres d'art, objets patrimoniaux, antiquités… Nous parlons des marchandises les moins réglementées au monde. Ce sont des objets faciles à dissimuler, dont les documents sont simples à falsifier car peu connus des forces de l'ordre. On ne peut pas attendre des douaniers qu'ils soient à la fois experts de la sûreté et historiens de l'art. On ne peut pas demander à un conservateur de musée d'opérer les bons gestes en cas de vol s'il n'a pas été formé, explique cet ancien policier aux frontières canadien, désormais basé à Vienne en Autriche. Notre stratégie, c'est un réseau géant de collaboration. Vous êtes sur le terrain et avez besoin d'un expert, vous l'avez dans la Task Force, où qu'il soit dans le monde. »

La Heritage Crime Task Force compte aujourd'hui 89 agents et collaborateurs répartis dans 47 pays. Et les affaires ne manquent pas…

« Il faut aller vite » face à un trafic en expansion

L'inestimable trésor de Villena et ses dix kilos d'or dérobés en Espagne au mois d'août, le torque de Vix volé un mois plus tôt en Côte-d'Or, la récente disparition de deux Renoir à Cagnes-sur-Mer ou la très médiatique effraction dans la galerie d'Apollon du musée du Louvre en témoigne, « il y a un marché pour tous les types d'objets ».

« Lors d'un crime patrimonial, il faut aller vite. Surtout dans le cas d'objets précieux qui peuvent être fondus ou démontés. La menace ne peut plus être ignorée et Europol vient de confirmer dans une note que les collections muséales étaient désormais à risque, explique le commandant Timothée Le Berre, à la fois conservateur et soldat de la Légion Étrangère, spécialiste de la protection du patrimoine en zone de conflit. Les réseaux criminels évoluent. Les œuvres passent de main en main. Pour les stopper, la collaboration entre services est décisive. Et l'action de l'OSCE fonctionne. Depuis son lancement en 2019, elle a permis de restituer pour 20 millions d'euros d'objets d'art. »

Comme en novembre dernier, où la Task Force HCTC a épaulé la police métropolitaine de Londres pour restituer 200 objets d'art et pièces archéologiques de la civilisation de la vallée de l'Indu, vieille de plus de 4 000 ans, découvertes dans un hangar. Ce mardi à Montpellier, lors du second exercice, c'est dans une voiture que les objets d'art étaient dissimulés. Et il fallait un œil d'expert pour repérer le plus précieux d'entre eux, une pièce de monnaie, immergée dans une bouteille abandonnée dans l'habitacle…

Mettre l'accent sur la zone Méditerranée

Il s'agit du douzième rassemblement de ce type organisé par l'OSCE. Après la Finlande, la Mongolie, le Portugal ou le Monténégro, ces experts se réunissent pour la première fois en France. « Montpellier s'est imposé comme le lieu idéal, car notre session met l'accent sur la Méditerranée et l'accompagnement des pays qui la borde, développe Cameron Walter, le patron de la HCTC. Cette zone concentre toute la problématique. Des secteurs de pillage d'œuvres, des zones de transit, mais aussi des pays qui figurent parmi les destinations finales des objets volés. »

L'OSCE a également pu compter sur la collaboration du musée Fabre, conscient de l'enjeu. « La sûreté des œuvres conservées dans les musées est évidemment un sujet d'actualité. Mais c'est surtout un enjeu permanent, confirme sa directrice, Juliette Rey. La collaboration entre le monde culturel et celui des forces de l'ordre, c'est la clé. »