La Marine nationale aura son robot des grands fonds, le ROV-D
Marine nationale : le robot ROV-D pour les grands fonds

Le ministère des Armées et la Direction générale de l'armement (DGA) ont présenté durant le salon Euronaval, qui se termine ce vendredi à Paris-Villepinte, leur tout premier robot capable d'opérer jusqu'à 6.000 mètres de profondeur. Le ROV-DeepSea (ROV-D), développé en vingt et un mois par la société Travocean (filiale de LD Armateurs), a achevé ses essais de qualification en septembre dernier et devrait être livré à la Marine nationale dans le courant du premier semestre 2027.

Un outil pour protéger les infrastructures stratégiques

« Ce projet est né d'un programme gouvernemental sur la maîtrise des fonds marins, avec une orientation sur la protection d'infrastructures stratégiques et la capacité d'intervention dans les eaux territoriales françaises, sachant que la France possède le deuxième plus grand espace maritime au monde, avec le Pacifique, l'Atlantique, la Méditerranée, comprenant des ports et des zones stratégiques », explique à 20 Minutes Olivier Le Nagard, directeur de Travocean. La zone économique exclusive de la France représente 10 millions de km2.

Pour pouvoir intervenir à une profondeur de 6.000 mètres, « et être capable d'aller quasiment partout », Travocean a conçu « un robot téléopéré, c'est-à-dire qu'il est accroché à un câble ombilical de 7 km, que l'on fait descendre depuis un navire », poursuit Olivier Le Nagard. « Le ROV-D servira à effectuer des missions stratégiques et très variées pour la Marine nationale, comme intervenir sur une infrastructure qui aurait été endommagée, par exemple un câble sous-marin », précise à 20 Minutes l'Ingénieur principal Gamaliel, directeur du programme « Maîtrise des fonds marins » à la DGA.

Des missions de récupération et de neutralisation

Quelque 97 % des flux mondiaux d'informations (Internet, données financières) transitent en effet par des câbles sous-marins numériques. « Ils représentent donc une importance critique, et certains pays adverses l'ont bien compris en pratiquant des techniques de sabotage, qui peuvent fortement perturber ce système de communication planétaire », ajoute l'Ingénieur général.

Les missions peuvent aussi être « d'aller récupérer un objet d'intérêt comme la boîte noire d'un avion tombé en mer, ou neutraliser un dispositif ennemi », poursuit l'Ingénieur général. Le ROV-D pourra également réaliser des missions civiles, comme prélever des objets ou prendre des photos sur des épaves anciennes.

Il a ainsi fallu concevoir « des équipements spécifiques, que le ROV doit pouvoir emporter pour découper, percer, transporter, et qui doivent résister à une pression importante à 6.000 mètres de profondeur », poursuit Olivier Le Nagard. « Aujourd'hui, aucune industrie n'opère à de telles profondeurs, c'est une zone plutôt réservée aux scientifiques, c'est pourquoi nous ne disposions pas de ce type d'équipements sur étagère. »

Un binôme avec un drone sous-marin

« Il fallait par ailleurs que l'engin soit aérotransportable, souligne le directeur de Travocean. Pour un engin de quatre tonnes, qui descend très profond, cela a été un vrai challenge de pouvoir embarquer les composants du système dans un A400M. »

Ce premier ROV-D évoluera depuis des navires sur la façade méditerranéenne, tandis qu'un second est en commande pour équiper la façade Atlantique. Les deux robots fonctionneront en binôme avec un AUV (Autonomous Underwater Vehicle), un drone sous-marin qui sera, lui, équipé de sonars pour cartographier sur des bandes de 500 mètres de largeur les fonds marins.

À ce jour, un drone est en effet incapable de réaliser les missions du robot. « Pour effectuer des opérations lourdes, le robot est alimenté en énergie de manière continue depuis le navire, ce qui n'est pas le cas d'un AUV, qui embarque son énergie dans des batteries, précise l'Ingénieur général. Sachant que pour descendre à 6.000 mètres, il faut déjà compter deux à trois heures, on épuiserait très rapidement le drone si on voulait lui faire faire ce type d'opérations. »

Une stratégie nationale pour les fonds marins

La stratégie nationale de Maîtrise des fonds marins (MFM), publiée en février 2022, « vise à doter la France des capacités nécessaires pour assurer sa souveraineté, protéger ses intérêts stratégiques et faire face aux menaces hybrides dans les grands fonds », explique le ministère des Armées. Les fonds marins voient en effet émerger « de nombreuses activités économiques : extraction pétrolière et minière, déploiement de câbles sous-marins, innovations en robotique et exploration technologique, souligne la Défense. Parallèlement, ces zones deviennent des espaces contestés, comparables au cyberespace ou à l'extra-atmosphérique, où des stratégies hybrides menacent les infrastructures critiques et la liberté d'action militaire. »

La stratégie nationale s'articule autour de trois piliers : connaître, surveiller et agir, jusqu'à 6.000 mètres de profondeur, ce qui couvre 97 % des océans.