Dans sa chronique, l'économiste Thomas Piketty analyse les défis de la gauche contemporaine et propose une feuille de route pour renouer avec l'ambition égalitaire du passé. Selon lui, la gauche doit impérativement rassembler les classes populaires de tous les territoires, qu'ils soient urbains ou ruraux, pour construire une alternative crédible au libéralisme économique.
Un constat sans appel
Piketty observe que la gauche a perdu son ancrage populaire depuis plusieurs décennies. Les classes populaires, autrefois socle électoral de la gauche, se sont progressivement éloignées, séduites par des discours identitaires ou populistes. Cette désaffection s'explique par une série de renoncements idéologiques et politiques, notamment sur les questions de redistribution des richesses et de justice sociale.
Les racines du malaise
L'économiste pointe du doigt la mondialisation mal régulée qui a accentué les inégalités territoriales. Les zones rurales et périurbaines ont été particulièrement touchées par la désindustrialisation et la baisse des services publics. Parallèlement, les métropoles ont concentré les richesses et les opportunités, créant un sentiment d'abandon parmi les populations des « territoires oubliés ».
Pour Piketty, la gauche ne pourra reconquérir ces électeurs qu'en proposant un projet ambitieux de réduction des inégalités. Cela passe par une fiscalité plus progressive, un investissement massif dans les services publics (éducation, santé, transports) et une politique de relocalisation industrielle.
Un projet pour tous les territoires
Thomas Piketty insiste sur la nécessité de penser une politique qui ne se limite pas aux grandes villes. Il propose de créer des « pôles de développement » dans les zones rurales et petites villes, en s'appuyant sur les ressources locales et en favorisant les circuits courts. L'objectif est de recréer des emplois de qualité et de redonner une perspective aux jeunes générations.
Une refonte de l'impôt
L'économiste réitère sa proposition d'un impôt progressif sur la fortune, incluant les actifs financiers et immobiliers. Il défend également un impôt sur les sociétés plus juste, avec un taux effectif minimum pour éviter l'optimisation fiscale. Ces mesures permettraient de financer une hausse significative des dépenses publiques, notamment pour l'éducation et la transition écologique.
Rassembler les classes populaires
Au-delà des mesures économiques, Piketty appelle la gauche à adopter un discours inclusif, valorisant le travail et la dignité des classes populaires. Il critique les élites qui ont trop souvent méprisé les aspirations des milieux modestes, créant un fossé culturel et politique. La gauche doit, selon lui, incarner l'espoir d'une société plus juste et solidaire, sans céder aux sirènes du repli identitaire.
En conclusion, Thomas Piketty estime que la gauche a une fenêtre de tir historique pour renouer avec son ambition égalitaire. Si elle parvient à rassembler les classes populaires de tous les territoires autour d'un projet clair et ambitieux, elle pourra non seulement reconquérir le pouvoir, mais aussi transformer durablement la société française.



