Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen orchestrent méthodiquement un duel politique en vue de l'élection présidentielle de 2027, chacun alimentant la base électorale de l'autre par des positions radicales. Leur objectif : imposer un second tour qui les opposerait, au détriment des candidats modérés devenus inaudibles. Ce week-end, leurs discours respectifs à la braderie d'Hénin-Beaumont et à la fête de l'Humanité pourraient illustrer une nouvelle fois cette stratégie de confrontation.
Une technique de mise en lumière mutuelle
La méthode est rodée : n'attaquer que l'adversaire que l'on s'est choisi, le mettre ainsi en lumière afin de le faire monter dans les sondages, et installer progressivement le match que l'on souhaite. Par sa seule volonté, chaque camp tente de changer le cours des choses. C'est à cet exercice que se livrent les deux figures politiques depuis des mois, selon l'analyse de Christelle Bertrand pour Midi Libre.
Chaque proposition de l'un déclenche une réponse de l'autre. Marine Le Pen veut installer des climatisations dans toute la France ? Jean-Luc Mélenchon répond qu'un tel plan massif aggraverait les dégâts. « On sait faire des bâtiments qui résistent à la chaleur. Il y a des techniques, […] il y a mille manières d'isoler un bâtiment », assure-t-il. Elle défend les automobilistes ou les agriculteurs ? Son alter ego insoumis se fend à Valence, lors des universités d'été de son parti, d'un discours très radical en matière d'écologie.
Un duel à distance ce week-end
Ces derniers jours, le pas de deux a repris de plus belle. La candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle a annoncé que, si elle était élue, le voile serait interdit dans la rue. Réponse du berger à la bergère : Jean-Luc Mélenchon annonce quelques jours plus tard vouloir, s'il est élu, réautoriser l'abaya à l'école, interdite par Gabriel Attal lorsqu'il était ministre de l'Éducation nationale en 2023.
Ce week-end, ce duel atteindra l'un de ses premiers paroxysmes. Marine Le Pen prononcera un discours à la braderie d'Hénin-Beaumont, après que Jean-Luc Mélenchon a fait le sien à la braderie de Lille. Ce dernier sera pour sa part à la fête de l'Humanité. Chacun en terrain conquis se parlera par presse interposée.
L'écrasement des candidats modérés
En organisant ainsi le débat politique autour de leurs thématiques de prédilection, les deux leaders donnent le sentiment qu'il n'existe aucune alternative. Par la radicalité de leurs propos, ils écrasent les candidats modérés qui deviennent inaudibles. Qui a retenu les propos de Gabriel Attal, qui a promis d'interdire le voile aux jeunes de moins de 15 ans tout en laissant la liberté à une femme adulte de le porter ? Qui a entendu Édouard Philippe vouloir en rester à la loi actuelle ?
Ce bras de fer présente un autre avantage : celui de profiter aux deux candidats. La détestation de l'un nourrit le socle électoral de l'autre. La peur d'une France métissée dont les enfants porteraient l'abaya à l'école nourrit le vote Marine Le Pen, tandis que Jean-Luc Mélenchon se renforce lorsque la candidate du RN évoque l'interdiction du voile dans la rue.
Un face-à-face avantageux pour les deux
L'un et l'autre ont tout à gagner à se retrouver face à face au second tour. Selon un sondage mené par Cluster 17 à la fin du mois de juillet, si Marine Le Pen l'emporte face à chacun des cinq adversaires testés (Mélenchon, Glucksmann, Philippe, Attal et Retailleau), c'est face au premier qu'elle a le plus d'avance. Jean-Luc Mélenchon a, lui, tout à gagner à ce duel qui l'installerait ensuite dans le rôle de seul opposant, incarnant, dans la rue notamment, la résistance à l'extrême droite.
Tout en s'opposant violemment l'un à l'autre, les deux candidats se rendent ainsi service, quitte à renforcer le camp qu'ils disent vouloir combattre. Ils dressent surtout les Français les uns contre les autres : la France du poulet Master contre la France du Canon Français. Mais entre les deux, il y a toujours du monde chez McDonald's, conclut l'analyse.



