Au lendemain des scènes de pillages et de violences qui ont émaillé les manifestations contre la vie chère, Emmanuel Macron a prononcé une allocution télévisée d'une dizaine de minutes, promettant fermeté et transparence. Mais ses annonces, jugées insuffisantes, ont suscité de vives critiques de la part des oppositions et même de son propre camp.
Une allocution sous tension après les violences urbaines
Le chef de l'État a notamment affirmé que les casseurs « doivent payer » et a promis « la transparence » sur le schéma de maintien de l'ordre, remis en cause jusque dans le camp gouvernemental. Il a également annoncé que le Premier ministre Sébastien Lecornu réunirait « dans les prochains jours » les partenaires sociaux et des formations politiques, appelant à une campagne présidentielle à débats « avec les partis et non pas dans la rue ».
Cette allocution très attendue, diffusée le 18 octobre 2026, intervient après une journée de mobilisation particulièrement violente, marquée par des dégradations dans plusieurs villes, dont Paris, Lyon, Marseille et Limoges.
Les oppositions dénoncent un manque de réponses
Les réactions n'ont pas tardé. Édouard Philippe, ancien Premier ministre et président d'Horizons, a déclaré sur X : « J'aurais préféré, comme des millions de Français, des décisions et des initiatives permettant le retour à l'ordre et le rétablissement de l'autorité de l'État », tout en reconnaissant « une volonté louable de rétablir le dialogue ».
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, aurait « aimé entendre le président amorcer le début d'un commencement de mea culpa ». Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a estimé sur LCI qu'il était « absolument irresponsable de prendre la parole ce soir pour ne rien dire » en réponse aux manifestants. Jean-Luc Mélenchon, candidat de LFI, a mis en garde contre tout « pourrissement » et appelé au « blocage des prix », à « 10 milliards » d'investissements dans l'éducation et à la suppression de Parcoursup.
Le RN et LR critiquent une « lamentable allocution »
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a fustigé une « lamentable allocution » et un pouvoir qui « n'a plus rien à dire aux Français, plus rien à leur proposer ». Marine Le Pen, candidate du parti, a dépeint « une crise profonde de confiance, d'autorité », « une menace sur la démocratie » et un « pouvoir macroniste (...) épuisé ».
Bruno Retailleau, candidat LR, a appelé à l'instauration de l'état d'urgence, critiquant un Emmanuel Macron qui « apparaît totalement dépassé, incapable d'opposer la force de l'État à la chienlit qui menace la République ».
Les maires des villes touchées exigent des réponses
Dimanche, les maires de plusieurs villes touchées par les violences, comme Paris, Lyon, Marseille ou Limoges, ont critiqué les moyens de sécurité déployés samedi. Benoît Payan, maire de Marseille, a appelé Emmanuel Macron à « entendre ce qui se passe » dans le pays. Arnaud Deslandes, maire PS de Lille, a ironisé sur X : « L'avantage quand on (n')attend rien, c'est qu'au moins on n'est pas déçu ».
Sébastien Lecornu est resté silencieux dimanche, mais a promis dans un courrier que la mairie de Limoges serait reconstruite avec le concours de l'État. Guillaume Guérin, maire LR de Limoges, a déploré « une défaillance dans la hiérarchie au sein du ministère de l'Intérieur pour allouer des moyens à notre police ».
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), va proposer mardi la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les violences et pillages, ainsi que sur la stratégie de maintien de l'ordre. Selon un bilan consolidé du ministère de l'Intérieur, près de 2.400 personnes ont été interpellées samedi et près d'un millier de policiers et gendarmes ont été blessés, dont sept gravement.