Macron refuse la démission de son ministre de l'Intérieur
Macron refuse la démission du ministre de l'Intérieur

Le président Emmanuel Macron a refusé la démission de son ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, tout en reconnaissant des « défaillances d'anticipation et de renseignements » dans la gestion des violences qui ont marqué la mobilisation du 17 octobre. Cette décision a été annoncée par l'Élysée ce lundi 19 octobre 2026, deux jours après des manifestations ayant réuni des centaines de milliers de personnes à travers la France.

Une démission refusée pour assurer la continuité du commandement

Selon la présidence française, « le ministre de l'Intérieur a remis ce dimanche sa démission au président de la République. Compte tenu de la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel, le Président de la République l'a refusée ». Emmanuel Macron a également demandé à Laurent Nuñez de « mettre en place au plus vite sur le terrain de nouveaux modes d'action pour les forces de sécurité intérieure en matière de lutte contre les casseurs ».

Le chef de l'État a chargé son ministre de « prendre toutes les dispositions pour faire la transparence sur les défaillances d'anticipation et de renseignements qui ont conduit aux violences ». Cette décision intervient alors que plusieurs représentants de l'opposition, notamment au sein de l'extrême droite, avaient réclamé dimanche la démission de Laurent Nuñez, en poste depuis tout juste un an.

Un bilan lourd : près de 2 400 interpellations et un millier de blessés

La journée de samedi s'est soldée par près de 2 400 interpellations, selon un bilan consolidé du ministère de l'Intérieur. Près d'un millier de policiers et gendarmes ont par ailleurs été blessés, dont sept gravement. Ces chiffres témoignent de l'ampleur exceptionnelle des violences qui ont dégénéré lors des manifestations contre le coût de la vie, et qui tournent désormais à la crise politique.

L'Association des maires de France (AMF) a appelé dimanche à des rassemblements lundi « à partir de midi » devant les mairies, après les violences, pillages et incendies de bâtiments publics constatés en marge de la mobilisation. Plusieurs villes, dont Montpellier, Nîmes, Paris, Limoges, Bordeaux, Toulouse et Marseille, ont été touchées par des actes de vandalisme et des affrontements avec les forces de l'ordre.

Des mesures concrètes attendues, une allocution jugée insuffisante

Emmanuel Macron s'est exprimé dimanche soir à 20 heures, dans une allocution solennelle, au lendemain d'une journée chaotique. Sa prise de parole a été largement critiquée par plusieurs personnalités politiques, qui pointent un manque d'annonces concrètes. Le président a dit ressentir « de la colère, de la honte », et a affirmé que « ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre ». Aucune mesure concrète n'a toutefois été annoncée.

Le chef de l'État, qui bat des records d'impopularité après bientôt 10 ans au pouvoir, tente de reprendre le contrôle de la situation. Un déplacement du ministre de l'Intérieur est prévu lundi à Marseille, ville frappée de plein fouet par les violences, où les autorités ont recensé jusqu'à 30 000 pilleurs samedi.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit tenir lundi matin une cellule interministérielle de crise qui portera sur trois volets : « économie-commerce », « assurance » et « suivi judiciaire », selon ses services. Cette réunion doit permettre de coordonner la réponse de l'exécutif face aux conséquences économiques et sociales des violences.

Des questions judiciaires et des leçons à tirer

Plusieurs affaires sont en cours d'examen, notamment à Nîmes où les autorités s'interrogent sur les suites judiciaires à donner aux vols, incendies et pillages. À Montpellier, la préfète de l'Hérault a appelé à « tirer des leçons de ce 17 octobre », évoquant la casse, les policiers blessés et les affrontements dans la ville. Une adolescente de 17 ans a également perdu un œil lors des manifestations, et l'IGPN a été saisie pour enquêter sur les circonstances de ce drame.