Municipales : victoires et défaites marquantes après un second tour décisif
Municipales : les enseignements du second tour

Un second tour décisif pour les grandes villes françaises

Alors que près de 96 % des 35 000 communes françaises avaient élu leur maire dès le premier tour, dimanche dernier, de nombreuses incertitudes persistaient dans plusieurs grandes villes, parmi lesquelles Paris, Lyon ou encore Strasbourg. Ce second tour a permis de dessiner des recompositions politiques significatives, avec des enseignements clés pour l'avenir, notamment en vue de l'élection présidentielle de 2027.

Paris : la stratégie payante d'Emmanuel Grégoire

À Paris, la nette victoire d'Emmanuel Grégoire, candidat socialiste, a marqué un tournant. En refusant de fusionner avec la liste insoumise de Sophia Chikirou, qui a obtenu 10 % des suffrages, Grégoire a pris un risque calculé. Dans une triangulaire incertaine, il s'est imposé avec 50 % des voix, succédant ainsi à Anne Hidalgo. Cette décision a évité une dispersion des voix à gauche, démontrant que la mise à distance des insoumis peut s'avérer bénéfique dans certains contextes.

Pour Rachida Dati, candidate de droite qui a recueilli 40 % des suffrages, ce troisième échec à Paris représente un sérieux revers. Malgré le retrait de Sarah Knafo et la fusion avec la liste de Pierre-Yves Bournazel (Horizons), elle n'a pas réussi à convaincre de la nécessité du changement, évoquant dans son allocution des attaques qu'elle juge indignes.

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Le recul marqué des écologistes

Les écologistes, qui avaient connu une vague verte en 2020, subissent un net reflux six ans plus tard. À Besançon, Anne Vignot, maire sortante, a été battue par le LR Ludovic Fagaut, qui l'emporte avec 53,1 % des voix contre 46,9 %. À Poitiers, Léonore Moncond’huy, dont la liste a fusionné avec celle de La France insoumise après le retrait des socialistes, s'incline face à Anthony Brottier, qui obtient 47,32 % contre 40,79 %. À Strasbourg, Jeanne Barseghian est devancée par la socialiste Catherine Trautmann, avec 37,5 % contre 31,7 %, dans une triangulaire où la droite atteint 30,8 %.

À Bordeaux, le maire sortant Pierre Hurmic, écologiste, a perdu face à la liste d'union du centre conduite par Thomas Cazenave, ancien ministre macroniste, qui rafle près de 51 % des voix. Seule bonne nouvelle pour les Verts : Lyon, où Grégory Doucet est réélu avec 52,4 % des suffrages, créant la surprise après une campagne où il était donné perdant.

Les alliances avec LFI : un pari risqué

Dans plusieurs villes, les rapprochements avec les insoumis n'ont pas permis à la gauche de sauver ses bastions. Outre Besançon et Poitiers, l'alliance LFI-PS menée par François Piquemal échoue à conquérir Toulouse, où le maire sortant divers droite, Jean-Luc Moudenc, obtient 54,4 % des voix. À Limoges, la fusion PS-PCF avec LFI ne suffit pas à reprendre la ville, tombant face au LR Guillaume Guérin. Ces échecs alimentent le débat sur l'opportunité de ces alliances, qualifiées par certains de pacte faustien.

À l'inverse, à Paris et Marseille, le refus de fusionner avec les insoumis s'est révélé payant. À Marseille, le retrait du candidat insoumis Sébastien Delogu a permis au maire sortant Benoît Payan de conserver la mairie, renforçant l'idée que la distance avec LFI peut protéger plutôt que coûter.

Le bilan mitigé du Rassemblement national

Le second tour confirme que le RN a été une fois de plus surestimé. La vague bleu marine attendue dans le sud de la France n'est qu'une vaguelette. À Toulon, Laure Lavalette est battue par la candidate divers droite Josée Massi, avec 53 % contre 47 %. À Nîmes, l'union de la gauche l'emporte face à Julien Sanchez, avec 40,5 % contre 37,9 %. À Marseille, Franck Allisio, candidat RN, arrive largement derrière Benoît Payan, avec 40,4 % contre 54,3 %.

Cependant, le RN réalise une percée à Nice, où Eric Ciotti, rallié au parti, remporte la ville avec 48,90 % des voix, contre 37,3 % pour Christian Estrosi et 14,8 % pour l'union des gauches.

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Les personnalités nationales en jeu

Édouard Philippe, réélu maire du Havre avec 47 % des suffrages dans une triangulaire, conforte sa position et semble accélérer sa marche vers l'Élysée pour 2027. En revanche, François Bayrou, maire de Pau depuis 2014, échoue à se faire réélire face au socialiste Jérôme Marbot, une défaite cuisante probablement alourdie par l'affaire Bétharram.

Ce second tour des municipales dessine ainsi un paysage politique recomposé, avec des leçons importantes pour les partis en vue des prochaines échéances nationales.