Automne 1955 : Michel Foucault, qui approche de la trentaine, vient de traverser une période noire, marquée par des tentatives de suicide, la peur de l'alcoolisme et la sensation d'un persistant malaise. Mais le voici à Uppsala, prestigieuse ville universitaire de Suède, où il vient d'être nommé lecteur. C'est le début de sa période « dandy », selon le terme employé par Daniel Defert au début des « Dits et écrits ». Foucault achète une Jaguar de sport blanche à intérieur en cuir noir, y assortit ses tenues et, au volant de l'engin, il établit « des records de vitesse entre Paris et Stockholm ». Dans sa biographie, Didier Eribon complète : « Tout le monde raconte qu'il conduisait comme un fou. Dumézil se souvenait de s'être un jour retrouvé dans le fossé. »
Il faut imaginer cela : la silhouette du philosophe de « Surveiller et punir » roulant à tombeau ouvert dans un paysage boréal. Une décennie plus tard, nommé en Tunisie, ce sera une 404 décapotable blanche de luxe ; et encore quelques années après, on le retrouvera dans une Volvo verte sur la route.
La voiture comme extension de soi
Cette anecdote illustre parfaitement comment la voiture est devenue un objet sacro-saint de la modernité, selon l'expression d'Eric Aeschimann, auteur de cette enquête pour Le Nouvel Obs. La voiture ne se contente pas de nous transporter ; elle incarne une part de notre identité. Elle est le symbole de l'individualisme moderne, un « soi qui roule » qui s'affranchit des contraintes spatiales et sociales.
La voiture a réinventé notre rapport à la nature. Le pare-brise, comme le dit Aeschimann, est « une machine audiovisuelle » qui transforme le paysage en spectacle. Nous ne faisons plus partie de la nature ; nous la traversons, protégés dans notre habitacle. Cette distance a des conséquences profondes sur notre perception de l'environnement et sur notre place dans le monde.
L'individualisme au volant
La voiture est un objet qui fâche, car elle est à la fois source de liberté et de pollution. Pour sortir de l'ornière, Le Nouvel Obs est allé enquêter du côté des grands penseurs. Ce deuxième épisode montre comment l'avènement de la bagnole a imposé l'idée du « soi qui roule ». La voiture symbolise l'individualisme moderne : elle nous isole dans notre bulle, nous donne l'illusion de la maîtrise et nous permet d'échapper aux contraintes collectives.
Selon l'article, la voiture est devenue une part de notre identité. Elle est un objet qui fâche, mais qui est aussi profondément ancré dans notre culture. La série explore les paradoxes de cet objet : à la fois vecteur de liberté et source de destruction environnementale. Le prochain épisode abordera l'impact écologique de l'automobile et les alternatives possibles.



