Alors que le risque d'une victoire du Rassemblement national (RN) à l'élection présidentielle de 2027 s'est accru, il est plus que temps que les démocrates sortent enfin de la sidération et se mettent au travail, affirme Guillaume Duval dans une carte blanche publiée le 17 juillet 2026.
Marine Le Pen candidate : une mauvaise nouvelle pour les démocrates
Marine Le Pen sera candidate malgré sa lourde condamnation pour détournement de fonds publics. Cet état de fait ne suscite visiblement pas de rejet massif dans l'électorat. Même si Jordan Bardella était devenu plus populaire qu'elle sur la dernière période, c'est plutôt une mauvaise nouvelle pour les démocrates. Le candidat TikTok, moins expérimenté, aurait probablement été plus facilement « prenable » confronté à l'épreuve de la campagne électorale. Malgré son statut de repris de justice, Marine Le Pen présente l'avantage pour elle d'être a priori la seule femme en position de remporter l'élection et d'être mieux placée que Jordan Bardella pour solidifier l'électorat populaire autour du RN. Le risque d'une victoire du RN s'est donc accru.
Edouard Philippe : un barrage percé
La semaine dernière, une autre illusion a également été dissipée : contrairement à ce que beaucoup considéraient jusque-là, y compris à gauche, Edouard Philippe n'est pas vraiment un rempart potentiel efficace face à Marine Le Pen. Deux sondages, Ifop-Fiducial et Toluna Harris Interactive, le donnent en effet battu par elle au second tour s'il devait y accéder. Rien d'étonnant en réalité : l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, responsable de la répression contre les « gilets jaunes » et du fiasco de la réforme des retraites, traîne derrière lui le boulet du désastre de dix ans de macronisme. Pour ne rien arranger, Edouard Philippe a manifestement choisi de mener campagne à droite toute au cours des prochains mois. Il promet d'abaisser drastiquement les dépenses publiques tout en refusant d'augmenter les impôts sur les plus riches et fait de la surenchère en matière de sécurité et d'immigration. De quoi le rendre encore plus insupportable aux yeux des électeurs de gauche. Loin d'être « utile », un vote Edouard Philippe de « gauche » serait en réalité inutile et dangereux.
Seule une candidature de gauche non mélenchoniste pourrait battre le RN
Ces mêmes sondages ont confirmé que Jean-Luc Mélenchon ne peut évidemment pas faire barrage à Marine Le Pen. Edouard Philippe serait battu par elle au second tour, mais lui serait purement et simplement écrasé s'il parvenait à l'atteindre. On peut certes considérer que grâce à ses talents indéniables Jean-Luc Mélenchon pourrait faire mieux au final que le résultat que les sondages lui donnent aujourd'hui. Mais il ne pourra évidemment jamais rattraper en dix mois les 35 à 40 points de retard qu'il accuse maintenant sur elle en cas de second tour. Le vote Mélenchon ne serait en réalité qu'un vote Le Pen déguisé.
Ces éléments confirment que seule une candidature émanant de la gauche sociale, écologique et démocratique aurait peut-être une chance de battre le RN, en étant capable de rassembler au second tour un front républicain ralliant à la fois les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et l'électorat macroniste. Mais, de ce côté-là, le moins qu'on puisse dire c'est que les forces politiques qui occupent cet espace, incapables de se rassembler, ne se sont pas montrées jusqu'ici à la hauteur des enjeux colossaux de l'élection de 2027. Depuis un an, la perspective chimérique d'une primaire de toute la gauche censée permettre de dégager une candidature unique a contribué en réalité à bloquer tout rapprochement effectif. La priorité donnée dans ce cadre à la seule question de la désignation d'un candidat ou d'une candidate, dans une logique très bonapartiste et Ve République, a empêché en particulier de négocier un programme de gouvernement et un accord législatif qui sont pourtant un préalable indispensable à une éventuelle candidature commune.
Un candidat du Parti socialiste seul n'a aucune chance
Le paysage s'est cependant un peu éclairci de ce côté-là aussi la semaine dernière. Après des mois de surplace et de manœuvres incompréhensibles, les adhérents du Parti socialiste viennent en effet de décider de désigner leur propre candidat à l'élection présidentielle, une démarche légitime à laquelle les autres partis de cet espace politique ont eux aussi déjà procédé. Si on devait simplement en rester là, la partie serait cependant perdue d'avance pour la gauche sociale, écologique et démocratique et donc pour le pays. Il ressort en effet pour l'instant de tous les sondages que ce candidat, qu'il s'agisse de Raphaël Glucksmann ou de François Hollande, n'aurait a priori aucune chance de figurer au second tour s'il demeure le candidat des seuls socialistes tant que subsistent à ses côtés une candidature communiste et une candidature écologiste. Et ce serait probablement pire avec tous les autres candidats socialistes potentiels non testés à ce stade.
Le rêve que certains ont pu caresser dans cet espace de réussir à rétablir l'hégémonie socialiste à gauche en récupérant l'électorat macroniste tout en se détachant du reste de la gauche n'a visiblement aucune chance de se réaliser : les socialistes seuls ne sont plus considérés comme une force de transformation sociale suffisamment crédible pour répondre à la colère et à la profonde volonté de changement qui s'expriment dans le pays, tandis que la plupart de celles et ceux qui continuent de suivre Emmanuel Macron dix ans après sont désormais solidement ancrés à droite et refusent de soutenir un candidat de gauche, même light.
Il faut rassembler la gauche sociale, écologique et démocratique
Le seul espace politique qui permette d'espérer porter un candidat de gauche au second tour avec une chance de l'emporter face au RN est celui qui réunit toute la gauche écologique, sociale et démocratique – le Parti socialiste, Place publique, les Ecologistes, Génération.s, l'Après, Debout ! et le Parti communiste rassemblés autour d'un programme à la fois ambitieux en termes de transformation sociale et crédible en termes de finances publiques. Beaucoup de vaisselle a été cassée depuis un an au sein de cet espace et des divergences réelles existent bien sûr entre ces forces, mais dans un paysage très éclaté aucune d'entre elles ne peut espérer peser seule l'an prochain, y compris le Parti socialiste. Maintenant que la primaire de toute la gauche qui bloquait toute perspective est (enfin) écartée du paysage, le temps presse bien sûr, mais il est encore temps de passer (enfin) aux choses sérieuses et de négocier un contrat de gouvernement et un accord législatif qui permette ensuite à cet espace politique de se doter d'une candidature commune d'ici la fin de l'année. L'avenir de la gauche et du pays l'exige en tout cas.



