Gérard Araud : une campagne dans l'ombre de de Gaulle
Gérard Araud : campagne sous l'ombre de de Gaulle

Dans un entretien au Point, l'ancien ambassadeur de France aux États-Unis, Gérard Araud, décrypte l'empreinte du général de Gaulle sur la campagne présidentielle de 2022. Selon lui, tous les candidats, de droite comme de gauche, se réclament de l'héritage gaulliste, mais souvent de manière instrumentale.

Un spectre gaullien qui plane sur l'Élysée

Gérard Araud estime que la figure de Charles de Gaulle est omniprésente dans le discours politique actuel. « Chaque candidat essaie de capter une partie de son héritage, que ce soit la souveraineté, la grandeur de la France ou la résistance », explique-t-il. Il note que même Emmanuel Macron, souvent décrit comme un « jupitérien », s'inspire de la conception gaullienne du pouvoir.

L'ancien diplomate rappelle que de Gaulle a marqué la Ve République par une vision présidentielle forte. « Aujourd'hui, on assiste à une présidentialisation excessive, mais c'est dans l'ADN de nos institutions », ajoute-t-il.

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Des références sélectives

Araud observe que les candidats utilisent de Gaulle de manière sélective. « La droite retient surtout l'autorité et l'indépendance nationale, tandis que la gauche met en avant la justice sociale et la participation », précise-t-il. Il cite Marine Le Pen qui se réfère à la souveraineté, mais aussi Jean-Luc Mélenchon qui évoque la résistance.

Selon un sondage Ifop de mars 2022, 68 % des Français ont une opinion positive du général de Gaulle, ce qui en fait une référence consensuelle. « C'est un totem que personne n'ose critiquer », souligne Araud.

Un héritage déformé

L'ambassadeur met en garde contre une instrumentalisation de l'héritage gaullien. « De Gaulle était un pragmatique, pas un idéologue. Il a fait évoluer sa pensée avec le temps », rappelle-t-il. Il déplore que certains candidats figent sa pensée dans des postures.

Il évoque également la question européenne : « De Gaulle était pour une Europe des nations, mais pas pour une sortie de l'UE. Aujourd'hui, certains eurosceptiques se réclament de lui à tort. »

L'ombre portée sur la campagne

Pour Araud, la campagne se déroule « dans l'ombre de de Gaulle », mais cette référence peut être un piège. « Les candidats qui se présentent comme ses héritiers doivent assumer toute sa complexité, pas seulement des slogans », conclut-il. Il estime que le véritable héritage gaullien réside dans une certaine conception de l'État et de la nation, au-delà des clivages partisans.

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