Le porte-avions Charles-de-Gaulle a regagné son port d'attache de Toulon ce samedi 11 juillet 2026, au terme de 165 jours de mer. Accueilli par les familles sur le quai Milhaud, il boucle ainsi ce que le contre-amiral Thibault de Possesse, commandant de la force aéromaritime de réaction rapide, qualifie de « deuxième plus longue mission de l'histoire du groupe aéronaval français ». Baptisée « La Fayette 26 », cette mission a vu 80 % des moyens de la Marine nationale déployés sur trois théâtres d'opérations distincts.
Un déploiement chamboulé par la guerre États-Unis-Iran
Parti de Toulon le 27 janvier 2026 pour assurer la posture dissuasive de l'Otan face à la Russie, le Charles-de-Gaulle et son escorte (13 bâtiments dont des sous-marins nucléaires d'attaque) ont été déroutés début mars après l'attaque américaine sur l'Iran et les bombardements iraniens dans le golfe. « Le président de la République nous a demandé de basculer en Méditerranée orientale pour marquer la volonté et la détermination de la France », explique le contre-amiral. Le groupe aéronaval a parcouru 6 000 km en six jours, soit l'équivalent d'une traversée express de l'Atlantique.
Positionné d'abord pour protéger les ressortissants français, les emprises françaises et Chypre (membre de l'UE mais pas de l'Otan), le groupe aéronaval est resté deux mois en Méditerranée orientale. Cette position stratégique a permis de surveiller le conflit entre le Liban et Israël, ainsi que la liberté de circulation en mer Noire, alors que la Russie menait des opérations en Ukraine.
Une « diplomatie navale » dissociée des Américains
La dernière phase a projeté le groupe aéronaval au cœur des tensions autour du détroit d'Ormuz, point névralgique pour le transport de pétrole et de gaz. « Nous avons mené des opérations en océan Indien de façon très dissociée des Américains », souligne Thibault de Possesse. Le porte-avions lui-même est resté en dehors de la zone de danger, mais les frégates ont été envoyées au plus près de l'action. « C'est l'avantage de la neutralité de la mer », ajoute-t-il.
Jamais pris directement à partie, le Charles-de-Gaulle a néanmoins joué un rôle stratégique. « Sa présence modifie les équilibres et le calcul des acteurs locaux. C'est ce qu'on appelle de la diplomatie navale », insiste le contre-amiral. En parallèle, la France et ses alliés européens ont tenté de lancer une « initiative pour la liberté de circulation dans le détroit d'Ormuz », ralliée par une cinquantaine de pays. Cependant, « tant que les gens continuent à se tirer dessus, les conditions de sécurité ne sont pas assurées », constate-t-il, alors que la circulation des navires marchands reste perturbée.
Des familles impatientes sur le quai
Sur le quai Milhaud, des enfants agitant des drapeaux et des proches impatients ont accueilli les marins. Une large banderole proclamait « Bienvenue à la maison ». Un marin en tenue de cérémonie a souri : « Par rapport à ce qu'on a connu, il ne fait pas chaud », en référence aux températures équatoriales de début juillet. Le porte-avions a parcouru 40 000 miles nautiques, soit deux fois le tour de la Terre, naviguant de la mer Baltique à l'océan Indien.
Des moyens français restent engagés sur place, dont deux frégates et deux chasseurs de mines, mais le retour du Charles-de-Gaulle marque la fin de cette mission exceptionnelle. « Cette mission est exceptionnelle par sa longueur », a conclu Thibault de Possesse, soulignant la capacité du groupe aéronaval à être projeté « loin, longtemps et en totale autonomie ».



