La relation entre Charles de Gaulle et Georges Pompidou, souvent décrite comme celle d'un père et d'un fils, a connu une rupture brutale en 1968. Alors que Pompidou était Premier ministre depuis 1962, les événements de Mai 68 ont creusé un fossé irréconciliable entre les deux hommes. Selon l'historien Jean-Pierre Rioux, « Pompidou a été le principal artisan de la gestion de la crise, mais de Gaulle lui a reproché d'avoir été trop conciliant avec les syndicats et les étudiants ».
Les origines de la discorde
Dès 1967, des tensions étaient perceptibles. De Gaulle, attaché à une vision gaullienne de l'État, voyait d'un mauvais œil la popularité croissante de Pompidou. Ce dernier, plus pragmatique, prônait une ouverture sociale. En mai 1968, alors que la France est paralysée par les grèves, Pompidou négocie les accords de Grenelle avec les syndicats, obtenant une augmentation de 35 % du SMIC. De Gaulle, de retour d'un voyage en Roumanie, estime que ces concessions sont une faiblesse.
La rupture politique
Le 28 mai 1968, de Gaulle consulte Pompidou sur la tenue d'un référendum. Pompidou s'y oppose, préférant une dissolution de l'Assemblée nationale. De Gaulle suit son avis, mais la méfiance s'installe. Le 10 juillet 1968, de Gaulle remplace Pompidou par Maurice Couve de Murville. Pompidou apprend son limogeage par la presse. « Ce fut un choc pour lui, car il pensait être irremplaçable », confie un proche.
L'héritage d'une rupture
Après son départ, Pompidou se retire en Auvergne, mais prépare son retour. En 1969, de Gaulle démissionne après l'échec du référendum sur la régionalisation. Pompidou est élu président de la République en juin 1969. Il incarne alors une continuité avec le gaullisme, mais aussi une rupture dans le style. « Pompidou a modernisé la fonction présidentielle, tout en restant fidèle à l'héritage gaullien », analyse l'historienne Michèle Cointet. La rupture de 1968 a donc façonné la Ve République, en ouvrant la voie à une nouvelle génération politique.



