Samedi dernier, lors du retour du Top 14 au stade Lescure, l'Union Bordeaux-Bègles (UBB) a écrasé le Racing 92 sur le score de 64 à 5. Les essais s'enchaînaient et le public bordelais, heureux de retrouver ses joueurs après une saison décevante (8e), pouvait festoyer. Mais il manquait un petit quelque chose : Louis Bielle-Biarrey n'avait pas encore marqué.
Il aura suffi de deux ballons proches de la ligne pour que le serial marqueur d'essais au casque blanc signe son premier doublé de la saison. Le soir même de l'officialisation de sa prolongation de contrat de deux saisons avec le club bordelais, c'était la moindre des choses. « Les résultats sur les deux dernières années sont plutôt bons, on a cette envie de faire toujours plus. J'ai l'impression que le club se donne les moyens, donc j'ai envie de participer à ça », expliquait-il au micro de Canal+ après la rencontre.
Une prolongation jusqu'en 2029, le fruit de négociations complexes
Arrivé sur les bords de Garonne en 2021, Louis Bielle-Biarrey a prolongé son contrat de deux ans, soit jusqu'en 2029. L'aboutissement de plusieurs semaines de négociations où Laurent Marti, le président bordelais, a dû s'arracher les cheveux pour que le nouveau contrat de sa pépite rentre dans le cadre légal du salary cap. Mais, selon toutes les parties concernées, l'accord s'est fait en bonne intelligence, tant le joueur et le club n'ont cessé de répéter leur volonté de poursuivre l'aventure commune, déjà ponctuée de deux titres européens.
« On n'a pas cherché à mettre Louis sur le marché de manière à mettre les clubs en concurrence, ce qui souvent fait gonfler la rémunération d'un joueur de manière un peu artificielle, explique à 20 Minutes son agent Jérôme Chabran. De manière aussi délibérée et intentionnelle, on n'a pas cherché à attendre le mois de juillet pour que Louis soit "attaquable" par d'autres clubs. Je pense qu'il est respecté dans son statut de joueur de haut niveau international et valorisé dans son nouveau contrat. »
Une revalorisation salariale et un accord pour les JO 2028
Si le contrat de Louis Bielle-Biarrey courait jusqu'en 2027, les négociations sur la prolongation cet été, avec un accord de mise à disposition pour disputer les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028 avec l'équipe de France de rugby à VII, ont également permis de revenir sur les termes initiaux de la saison 2026-2027, avec une revalorisation salariale sensible à la clé.
Avec cette fiche de paie sensiblement changée, l'ailier arrivé à Bordeaux avec un simple contrat Espoirs il y a cinq ans a fait un bond dans la hiérarchie des joueurs les mieux rémunérés du Top 14. Sans pour autant tutoyer les sommets, assure son agent. « Il est assurément entré dans le top 10 des joueurs les mieux payés du championnat. Et peut-être dans le top 5, mais ce n'est pas sûr. L'important, c'est qu'il ait un contrat dans lequel il soit valorisé à sa juste valeur. »
Pourquoi LBB n'est pas dans le top 3 des salaires ?
Alors comment expliquer que celui qui a été désigné deux fois meilleur joueur du Tournoi des VI Nations en 2025 et 2026 et nommé parmi les meilleurs joueurs du monde en 2025 ne soit pas directement dans le trio de tête ? D'un côté, la prolongation de « seulement » deux ans permet de revenir sur la table des négociations assez rapidement et facilement. De l'autre, le poste d'ailier n'est généralement pas celui qui paie le mieux.
Dans un rapport sorti à la fin de la saison 2024-2025, la Ligue nationale de rugby indiquait que les ailiers étaient les moins bien lotis dans une équipe, avec une rémunération moyenne estimée à 223 000 euros bruts par an, même si le salaire de LBB est bien au-dessus. Loin, par exemple, des demis d'ouverture (343 000 euros bruts annuels).
« Sincèrement, je trouve que la rémunération de Louis aujourd'hui est juste, assure Jérôme Chabran. Certes, elle aurait pu peut-être être un peu plus importante, on aurait pu chercher à gratter quelques milliers d'euros en plus mensuels, mais ce n'était pas dans le sens de ce contrat-là. Au regard des sommes dont on parle, c'est très très bien. Et si ça permet aussi à l'UBB d'être dans une marge de manœuvre qui laisse encore un petit peu de marge de confort pour d'autres dossiers, tant mieux. »
Garder Bielle-Biarrey… et les autres
Car le casse-tête se situait aussi là pour Laurent Marti : prolonger Bielle-Biarrey et garder ses autres meilleurs joueurs, un an seulement après avoir déjà offert à Matthieu Jalibert une belle prolongation, tout en respectant le salary cap. « L'UBB n'est pas un club désagréable, donc les mecs ont très envie de rester, reconnaissait le dirigeant sur RMC. Mais ils veulent optimiser leur contrat, et c'est normal car les carrières sont courtes. On doit faire en sorte que tout le monde rentre dans le salary cap et ça demande des négociations difficiles où chaque euro est compté. »
Après avoir réussi la mission avec Louis Bielle-Biarrey, l'UBB a officialisé la prolongation de contrat de deux cadres en troisième ligne : Pierre Bochaton jusqu'en 2030 et Marko Gazzotti, que le Stade Toulousain espérait récupérer, jusqu'en 2029, vendredi. Autant de bons signes quant à la compétitivité du club, selon le représentant de LBB : « Aujourd'hui, il est important pour Louis d'être dans une équipe compétitive. Et des très bons joueurs aspirent aussi à des niveaux de rémunération conséquents. L'équation est parfois compliquée entre retirer une forme de valorisation personnelle justifiée et pertinente par rapport à la valeur d'un joueur et ce qu'il mérite et, en contrepartie, le confronter à une réalité d'équilibre de marché, de lignes budgétaires et de joueurs qui aussi méritent parfois une certaine valorisation. » Le directeur financier de l'UBB va encore passer des semaines compliquées.



