RTE défend sa ligne THT en Camargue face aux opposants
RTE défend sa ligne THT en Camargue face aux opposants

Le gestionnaire public du transport électrique RTE a intensifié sa communication cet été pour défendre son projet controversé de ligne aérienne à très haute tension (THT) de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), alors que les opposants prévoient une mobilisation le 19 septembre à Arles. Le directeur du programme d'électrification Fos-Berre, Christophe Berassen, a détaillé les arguments techniques, les compensations et les retombées économiques, tandis que l'avis de l'Autorité environnementale, rendu fin août, fait l'objet de lectures radicalement opposées.

Un projet présenté comme indispensable pour l'alimentation électrique régionale

Christophe Berassen justifie la nécessité de cette ligne par l'urgence climatique et la demande croissante d'électricité. « La répétition des canicules a rappelé l'urgence d'atténuer le changement climatique, donc de sortir des énergies fossiles. Ce projet est un maillon du plan d'électrification de la France », explique-t-il. Il précise que les demandes de raccordement exprimées dépassent 6 000 MW, soit l'équivalent de la consommation actuelle de la région, avec des besoins estimés à 4 000 MW dès 2030.

Le réseau actuel, construit le long du Rhône, « date des années 50 », ajoute-t-il, et « la seule optimisation ne suffit plus, la construction d'une nouvelle ligne 400 000 volts est donc indispensable ». Selon lui, l'enjeu est de « sécuriser l'alimentation électrique de la région, pour tous les usages, pas uniquement pour l'industrie ».

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Un tracé présenté comme de moindre impact

RTE affirme que le tracé de 65 km suit un « fuseau de moindre impact », une bande d'environ 100 mètres de large, qui « évite les zones urbanisées et les espaces naturels les plus sensibles ». Christophe Berassen détaille que le tracé « reste à l'écart de la ville d'Arles et de son patrimoine réputé mondialement », évite les Alpilles, le Parc de Camargue et plusieurs marais, et contourne Arles par l'ouest. Il précise que 145 pylônes seront installés, hauts de 40 à 60 mètres, avec un espacement de 300 à 500 mètres, et une emprise au sol de 50 à 110 m² par pylône.

Concernant l'alternative souterraine, RTE indique que 14 stratégies techniques ont été étudiées lors du débat public. La solution entièrement souterraine entraînerait des délais rallongés « jusqu'en 2035 », une artificialisation des sols « pouvant atteindre 36 hectares », et des coûts de 3,6 à 4 milliards d'euros, contre environ 400 millions d'euros pour la solution aérienne. RTE estime que cette option « nécessite une technologie et des infrastructures incompatibles avec la dynamique de transition énergétique enclenchée sur le territoire ».

Des compensations et des retombées économiques annoncées

RTE s'engage à supprimer trois pylônes de tension inférieure pour chaque pylône THT construit, un travail à 60 M€. Ainsi, 107 pylônes seront retirés à Bellegarde (pour 6 érigés), 53 à Beaucaire (qui comptera 14 pylônes THT), et 42 à Jonquières-Saint-Vincent (où 10 pylônes THT seront levés). Dans le Parc national de Camargue, 60 pylônes basse tension seront supprimés pour 46 très haute tension. Le porteur de projet promet également que le risque d'électrocution des oiseaux sera « quasi nul » grâce aux distances de sécurité, et que des balises seront placées pour réduire le risque de collision.

Un dispositif d'indemnisation « exceptionnel » d'environ 20 millions d'euros est prévu pour les propriétaires de terrains non constructibles, les habitations et les professionnels du tourisme, selon des critères précis. S'ajoutent les indemnités habituelles pour le monde agricole. RTE annonce aussi une fiscalité de 1,20 M€ par an pour les communes, et des retombées économiques locales « de l'ordre de 10 à 20 % du montant d'investissement », soit « plusieurs dizaines de millions d'euros sur les deux ans de travaux prévus » entre 2028 et 2030.

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L'avis de l'Autorité environnementale divise

L'avis de l'Autorité environnementale (Ae), rendu fin août, est au cœur des tensions. Christophe Berassen affirme que « l'autorité environnementale reconnaît la qualité et l'ampleur du travail en parlant d'une étude structurée et proportionnelle », mettant en avant les inventaires, la consultation et le choix du fuseau de moindre impact. En revanche, l'association SOS Camargue THT estime que « le dossier présente de très nombreuses lacunes, à commencer par un énorme défaut de maturité globale, environnementale et décisionnelle du projet ». Le Collectif THT13/30 se dit « très confiant des suites juridiques qui seront données à cette affaire » et évoque « un recours contentieux salvateur ». L'enquête publique, qui devrait être lancée à l'automne après la décision de l'État sur la déclaration d'utilité publique, s'annonce électrique.