Le président américain Donald Trump a inauguré le 1er juillet son nouvel Air Force One, un Boeing 747-8 offert par le Qatar. L'appareil, rapidement transformé pour les déplacements présidentiels, a déjà été retiré du service après une menace iranienne, révélant des lacunes en matière de sécurité.
Un avion de luxe offert par le Qatar
Le Boeing 747-8, initialement aménagé pour la famille royale qatarie, comprend une chambre décorée de cuir et de bois, des fauteuils massants, un lustre et de nombreuses finitions dorées. La Maison-Blanche le décrit comme « pleinement opérationnel » et sans danger. Cependant, selon une enquête du New York Times, plusieurs équipements de sécurité présents sur les Air Force One traditionnels en sont absents : une seconde alimentation électrique de secours, un accès inférieur pour embarquer sans dépendre des infrastructures locales, ainsi que certains systèmes infrarouges de détection et de brouillage de missiles.
Le calendrier a joué un rôle crucial : Donald Trump voulait inaugurer l'appareil avant le 4 juillet 2026, date du 250e anniversaire des États-Unis. L3Harris, le prestataire militaire chargé de la modernisation, a mobilisé jusqu'à 400 salariés en trois équipes pour achever en huit mois une transformation qui aurait normalement pris plusieurs années. Le président a personnellement validé la décoration, la peinture extérieure, les communications et les dispositifs de sécurité, ignorant parfois les objections de son service de sécurité. L'Air Force a notamment souligné que le bleu foncé choisi par Trump « augmentait la chaleur dans certains environnements » et pouvait perturber des composants électroniques sensibles.
Des équipements de sécurité manquants
Malgré son luxe, le nouvel Air Force One manque de plusieurs équipements clés. Selon des documents militaires et des photographies examinés par le New York Times, l'appareil ne dispose pas d'une seconde alimentation électrique de secours, ni d'un accès inférieur pour embarquer sans dépendre des infrastructures aéroportuaires locales, ni de systèmes infrarouges de contre-mesure antimissile. Ces absences ont conduit plusieurs responsables de la Maison-Blanche à s'attendre à ce que l'avion ne soit utilisé que pour des vols intérieurs ou vers des pays alliés dotés de bases américaines, dans des régions considérées comme sûres.
Or, le 8 juillet, une menace crédible de groupes iraniens contre le président a été identifiée alors que Trump participait à un sommet de l'OTAN en Turquie. Le Secret Service a ordonné au président de quitter la Turquie à bord de l'ancien Air Force One, dont les protections étaient déjà connues. Trump a repris l'ancien appareil « pour le bon vieux temps », ironisant sur la situation.
Un retour à l'atelier anticipé
La menace iranienne n'a pas seulement modifié le plan de vol : elle a aussi précipité le retour du nouvel avion à l'atelier. La Maison-Blanche a annoncé que l'appareil serait retiré du service à l'automne pour environ un mois, afin de recevoir de nouvelles « améliorations », notamment en matière de sécurité. Donald Trump promet un avion alors « au max ». En attendant, il continuera de voyager à bord des anciens Air Force One.
Le calendrier accéléré a également nécessité des dérogations : la Federal Aviation Administration a dû autoriser une orientation latérale des sièges. Malgré ces ajustements, l'appareil a été envoyé en Turquie, à environ 1 600 kilomètres du conflit avec l'Iran, ce qui a surpris les responsables de la sécurité.
Des coûts qui s'accumulent
Bien que l'avion qatari ait été offert, la facture américaine s'allonge. L'administration a déjà dépensé environ 400 millions de dollars pour sa modernisation. Elle a également acheté deux autres 747-8 pour 400 millions supplémentaires : l'un pour former les équipages, l'autre pour fournir des pièces détachées. Une partie des crédits provient du programme nucléaire Sentinel : 934 millions de dollars ont été transférés vers un projet classifié, limitant le contrôle du Congrès.
Parallèlement, Boeing continue de travailler sur les deux futurs avions présidentiels commandés, initialement prévus pour 2024. L'avionneur a inscrit une charge supplémentaire de 280 millions de dollars au deuxième trimestre, contribuant à une perte nette de 428 millions. Le programme complet est désormais évalué à 5,1 milliards de dollars. Le premier appareil est attendu en 2028, le second en 2029. En attendant, l'avion de remplacement sera remplacé par l'avion qu'il remplaçait.



