Il y a 17 ans, Michael Jackson mourait quasiment sur scène, épuisé par des répétitions intenses et shooté aux médicaments, tentant d'éponger des dettes abyssales qui menaçaient son empire. À son décès, l'héritage présentait 450 millions de dollars de dettes et réclamations de créanciers. En cause : l'incroyable train de vie de l'artiste, l'entretien de Neverland, les parasites de tout poil, les mauvais conseillers et l'armada d'avocats à régler pour gérer une demi-douzaine de procès en cours.
Une renaissance financière spectaculaire
Aujourd'hui, les caisses sont pleines, les dollars débordent. La marque Jackson se vend partout, générant une centaine de millions de revenus par an en moyenne, sans compter les années fastes quand de gros contrats sont signés. Selon Forbes, le roi de la pop a généré un chiffre d'affaires de 3,5 milliards de dollars depuis sa mort, le plaçant en première place de la liste annuelle des célébrités décédées les plus lucratives, soit 13 fois sur les 16 dernières années.
Comment trouver du cash ?
Un tel tour de force a été possible grâce à une petite équipe menée par John Branca, ex-avocat de Jackson et co-exécuteur de sa succession, qui s'est entouré du manager du chanteur, d'un expert-comptable et du PDG d'AEG live, le tourneur et producteur qui avait investi 40 millions de dollars sur la série de concerts prévus en 2009 et qui furent annulés. Pour trouver rapidement du cash, le groupe récupère toutes les bandes et vidéos autour des répétitions du spectacle This is it et sortent dans la foulée un documentaire sur les écrans du monde entier. Bingo : 268 millions de dollars au box-office et 100 millions de bonus avec les ventes de DVD et le merchandising.
L'empire est sauvé, les dettes urgentes remboursées. Reste à consolider l'héritage. Les exécuteurs testamentaires vendent des biens immobiliers – comme le fameux ranch Neverland pour 22 millions de dollars –, renégocient les emprunts et les accords de financement à des taux d'intérêt réduits, liquident des procédures et restructurent le catalogue de la star. Deux énormes transactions sont ainsi opérées : la vente en 2016 à Sony Music pour 750 millions des 50 % du fameux catalogue ATV (qui comprend des tubes des Beatles achetés par Jackson en 1985), puis la cession en 2024 de la moitié des droits musicaux de la star, toujours à Sony, pour 600 millions.
À cela s'ajoutent la sortie d'albums avec des tubes inédits, les droits à l'image, l'exploitation des licences, les accords négociés pour des spectacles, comme celui du Cirque du soleil ou de comédies musicales à Broadway. Le biopic actuellement en salle s'inscrit dans la même logique, sachant que John Branca, exécuteur testamentaire, a suivi de très près production et scénario en mettant 25 millions dans la corbeille pour retourner des scènes et éviter d'aborder la face sombre de Jackson, notamment l'affaire Jordan Chandler et les scandales autour des agressions sur mineurs.
Redorer le blason
L'idée est de redorer le blason du chanteur pour séduire la nouvelle génération dans la veine du succès de Bohemian Rhapsody. Le pari semble gagné puisque le biopic a démarré en trombe avec déjà plus de 280 millions de dollars de recettes au box-office – il pourrait rapporter 900 millions à terme. Au-delà des 400 millions, qui couvriront le budget et le marketing, ce sera tout bénéfice, sachant que la succession touchera 25 % des recettes selon Forbes. Et la suite est déjà sur les rails, de quoi exploiter le filon jusqu'au bout, sachant que les films relancent toujours les écoutes d'album de l'artiste et les royalties qui vont avec.
Où va tout cet argent ?
Sur les 3,5 milliards générés depuis 2009, une partie a servi à payer les impôts, les dettes de Jackson, les procès et les contestations juridiques sans fin, des dons à des œuvres caritatives et enfin le versement des rentes aux quatre bénéficiaires de la succession, désignés par Michael Jackson, à savoir sa mère et ses trois enfants. Chacun aurait ainsi touché environ une soixantaine de millions à date, ce qui fait presque 4 millions de dollars par an. En attendant de récupérer le jackpot une fois que la succession sera complètement réglée : en 2024, le magazine People révélait qu'elle était toujours bloquée en raison d'un profond désaccord avec le fisc américain sur la réelle valeur du patrimoine du chanteur, entraînant des multiples contrôles, litiges et réévaluations qui retardent un accord définitif et la mainmise des enfants sur l'empire familial, qui n'a jamais été aussi prospère, même du vivant de la star.



