Dans un ouvrage récent, les économistes Buberl et Gernelle avancent une thèse provocante : l'Europe souffrirait d'une « dépression de riche », un mal-être économique et social lié non pas à une pénurie de ressources, mais à un excès de confort matériel sans sens. Selon eux, le Vieux Continent est pris dans une spirale de déclin car il a perdu de vue ce qui fait la vitalité d'une société : l'amour, l'engagement et la quête de sens.
Une prospérité sans âme
Les auteurs expliquent que la croissance économique européenne repose sur des bases fragiles : une consommation de masse, une financiarisation excessive et un individualisme croissant. « Il suffit de s'aimer », écrivent-ils, pour inverser la tendance. Mais cet amour ne serait pas celui des romans à l'eau de rose : il s'agit d'un amour civique, d'une solidarité renouvelée et d'une confiance dans l'avenir.
Les symptômes d'une dépression
Buberl et Gernelle listent plusieurs indicateurs de cette dépression : faible croissance, vieillissement démographique, perte d'influence géopolitique, montée des extrêmes et sentiment général de déclin. Ils comparent la situation européenne à celle d'un héritier qui, après avoir reçu une fortune, ne sait plus quoi en faire et sombre dans l'ennui et l'apathie.
Des solutions radicales
Pour sortir de cette impasse, les deux économistes préconisent un changement de paradigme. Il faudrait, selon eux, réinvestir dans le lien social, encourager l'innovation citoyenne et redonner du sens au travail. Ils appellent à une « révolution de l'amour » qui passerait par une meilleure répartition des richesses, une éducation à l'empathie et une politique de la joie.
Loin d'être un simple manifeste utopique, leur analyse s'appuie sur des données économiques et historiques. Ils montrent que les périodes de prospérité durable sont toujours liées à un sentiment d'appartenance et de projet collectif. En ce sens, l'Europe aurait tout à gagner à se réinventer autour de valeurs humanistes plutôt que de se focaliser sur des indicateurs de croissance purement quantitatifs.
Cette thèse, bien que controversée, a le mérite de poser des questions essentielles sur le modèle de développement européen. Alors que les crises se succèdent (Climat, pandémies, tensions géopolitiques), l'idée d'une dépression de riche pourrait bien trouver un écho auprès de ceux qui cherchent une alternative à la société de consommation.



