Le procureur général d'Ukraine, Rouslan Kravtchenko, a annoncé dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 septembre 2026 avoir remis sa démission, à la suite d'enquêtes anticorruption ayant ciblé ses services et de perquisitions menées dans ses bureaux. Cette annonce intervient alors qu'il supervisait l'enquête sur l'explosion à Monaco visant Vadim Ermolaev, dont il avait dévoilé les images le 29 juin dernier.
Une démission motivée par des enquêtes anticorruption
Dans un message publié sur son compte Telegram, Rouslan Kravtchenko a déclaré : « C'est une décision politique, et je l'ai prise en toute conscience. Je ne veux pas que la fonction de procureur général soit utilisée comme un instrument de confrontation politique. » Il a également fermement rejeté toute implication personnelle : « Ma position concernant les accusations reste inchangée : elles ne reposent sur aucun fait établi », qualifiant les manœuvres à son encontre de déstabilisation politique.
La démission de Rouslan Kravtchenko, en poste depuis juin 2025, survient après une série de perquisitions menées par le Bureau national anticorruption d'Ukraine (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO). Ces investigations ont visé les locaux du parquet général ainsi que le domicile de plusieurs hauts responsables, dont sa première adjointe Maria Vdovychenko.
L'« Opération Carthage » au cœur des soupçons
Ces opérations s'inscrivent dans le cadre d'une vaste enquête baptisée « Opération Carthage ». Les enquêteurs soupçonnent l'existence d'une organisation criminelle au sein de l'institution judiciaire chargée d'extorquer et de protéger un réseau de centres d'appels frauduleux, appelés « call centers », à travers le pays, en échange de pots-de-vin.
Un haut responsable du département de la coopération internationale du parquet général, Serhii Kropyva, a été placé en détention samedi 6 septembre, avec une caution fixée à 120 millions de hryvnias (environ 2,7 millions de dollars). Il est soupçonné d'avoir directement orchestré le réseau de protection de ces officines illégales.
Un contexte de tensions politiques et de réformes judiciaires
Le départ de Rouslan Kravtchenko survient dans un climat de tensions et de réorganisations gouvernementales récurrentes à Kiev. Le gouvernement ukrainien fait l'objet d'une surveillance accrue de ses alliés occidentaux concernant l'utilisation des aides financières et l'assainissement des institutions judiciaires.
Son prédécesseur, Andriy Kostin, avait lui-même été poussé à la démission en octobre 2024, après la découverte d'un vaste système de falsification de certificats d'invalidité permettant à des centaines de procureurs d'échapper à la conscription militaire.
Le Parlement ukrainien doit se réunir dans les prochains jours pour voter la ratification de la démission de Rouslan Kravtchenko et entériner la nomination de son successeur par le président Zelensky. Cette décision marque une étape supplémentaire dans les efforts de lutte contre la corruption au sein des institutions ukrainiennes, alors que le pays fait face à des pressions internes et externes pour renforcer la transparence de son système judiciaire.



