Me Thierry Lacoste, avocat parisien et ancien ami d'enfance du Prince Albert II, est entendu depuis mercredi par les enquêteurs de la Sûreté monégasque. Il s'apprêtait à passer une seconde nuit en garde à vue ce jeudi soir, selon nos informations. Cette audition s'inscrit dans une procédure pénale ouverte à la suite de plaintes pour « prise illégale d'intérêt », « corruption », « trafic d'influence » et « blanchiment ».
Une procédure issue des « Dossiers du Rocher »
Le parquet général de Monaco ne confirme ni n'infirme l'information. En revanche, un porte-parole de Thierry Lacoste a confirmé que l'avocat est bien « à Monaco pour répondre à des questions dans le cadre d'une procédure, précise-t-il, qui a été ouverte exclusivement sur la base de publications venant d'un site Internet anonyme manifestement complotiste, les Dossiers du Rocher. »
Ce proche de Thierry Lacoste dénonce « un scandale absolu » : « Il est en garde à vue à cause d'un tissu de mensonges et de calomnies émanant de celui qui a infiltré tous les cercles de pouvoirs à Monaco et qui avait été décrit par un collaborateur du Prince Albert comme une pieuvre n'ayant pas de limites, référence à un système néo-mafieux qu'il a bâti autour de lui », affirme-t-il, faisant allusion à Patrice Pastor.
Le magnat de l'immobilier monégasque Patrice Pastor avait déposé plainte bien avant le Prince Albert II et ses sœurs. Cette procédure a déjà conduit à l'inculpation de l'ex-juge suprême de Monaco, Didier Linotte, en juin 2025. Plus d'un an plus tard, elle mène l'ancien ami d'enfance du Prince en garde à vue.
L'Esplanade des Pêcheurs au cœur des interrogations
Parmi les sujets abordés durant cette audition figure le projet d'aménagement de l'Esplanade des Pêcheurs, sur le port Hercule. Ce projet avait été abandonné par l'État monégasque au prétexte qu'il hypothéquait l'organisation du Grand Prix de F1. Le Tribunal suprême, alors présidé par Didier Linotte, avait jugé ce « retrait de signature » illégal et accordé une indemnité record de 136 992 000 euros au promoteur Antonio Caroli.
Bien qu'Antonio Caroli soit décédé en octobre dernier, la sentence reste en vigueur malgré la requête en rétractation introduite par l'État monégasque. Cette procédure inédite a peu de chances de prospérer, sauf à démontrer que le jugement était truqué. C'est précisément l'enjeu de l'instruction pénale en cours, qui s'intéresse aux potentiels liens d'affaires entre Antonio Caroli et Thierry Lacoste.
La disgrâce de Thierry Lacoste remonte au printemps 2023, en même temps que celle de Claude Palmero, ancien administrateur des biens de la Couronne, de Laurent Anselmi, ancien directeur de cabinet du Souverain, et de Didier Linotte. Tous quatre sont suspectés d'avoir formé un « cabinet noir » ayant fait main basse sur la Principauté, le fameux « G4 » pointé du doigt par les « Dossiers du Rocher ».
Dès l'automne 2021, un corbeau avait mis en ligne des centaines de documents issus pour la plupart du piratage de la boîte mail de Me Thierry Lacoste. Ces fuites tendaient à prouver que les quatre hommes œuvraient davantage pour leurs intérêts personnels que pour celui de Monaco. Le mystérieux dénonciateur n'a toujours pas été identifié, mais ses attaques ont érodé la confiance du Prince, qui a porté l'affaire au pénal.



