Soirées de luxe, dérapages… La bardellamania vacille au sein du Rassemblement national. Entre maladresses et image jet-set, le président du parti suscite désormais des critiques, même dans ses propres rangs.
Un président hors sol ?
« Il est en train de devenir complètement hors sol. Quand je l’ai vu arriver à la soirée ce soir-là, avec son chauffeur et ses gardes du corps, j’ai compris que la notoriété lui montait à la tête. Ça lui a cramé le cerveau. » Ces mots, prononcés par un élu de droite sous couvert d’anonymat, illustrent le malaise grandissant autour de Jordan Bardella. Depuis plusieurs semaines, les anecdotes similaires se multiplient dans les cafés entourant le Palais-Bourbon. La bardellamania serait-elle en train de s’essouffler ? « C’est une bombe à déflagration lente mais inéluctable ! », prévient notre député.
Quelques jours après ces confidences, le président du RN a commis un grave dérapage. Interrogé dimanche soir par BFMTV sur sa présence au Grand Prix de Formule 1 de Monaco le 7 juin, alors qu’une marche blanche se tenait à la mémoire de la jeune Lyhanna, il a d’abord réagi avec agacement : « C’est une question sérieuse ? » avant de s’enfoncer : « D’abord, des marches blanches, il y en a tous les jours. Je ne comprends pas bien ce que vous me reprochez. Il se trouve que dans ma vie personnelle, j’apprécie beaucoup la Formule 1 et que j’ai l’occasion de me rendre régulièrement à des Grands Prix, avec mon père et ma compagne. » Une explication jugée suicidaire par de nombreux observateurs.
Des signes avant-coureurs
Avant même cette maladresse, le doute avait commencé à gagner les esprits dans les rangs du RN. Son idylle princière officialisée à la Une de Paris Match, sa présence l’été dernier dans la villa de Cyril Hanouna à Saint-Tropez, ou encore son opération séduction auprès du patronat interrogeaient déjà les élus. Un député du centre de la France raconte : « Dans ma région, ceux qui, jusque-là, l’aimaient bien m’interpellent désormais : 'Il a gagné combien, Bardella, avec son livre pour se payer d’aussi beaux costumes ?' Ce qui passait crème de la part du petit gars de Seine-Saint-Denis les choque désormais énormément, car il a quitté leur monde pour celui des puissants. » Un autre ajoute, avec un rire jaune : « On est loin de l’aristocratie un peu sobre, là, c’est la jet-set à Dubaï. À côté, Macron, c’est saint Thomas d’Aquin. »
Les clichés abondamment relayés sur les réseaux sociaux montrant le député européen, verre de champagne à la main, aux côtés de sa compagne Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, tandis que la France entière avait les yeux rivés sur la marche blanche, n’ont pas échappé aux cadres du RN. Désormais, ils craignent un décrochage auprès de l’électorat populaire que Marine Le Pen avait réussi à conquérir pas à pas.
Un avenir incertain
« S’il devait se présenter à sa place à elle, ses fondations sont trop solides, il est trop haut dans les sondages pour que le risque d’un effondrement avant le second tour existe. En revanche, l’entre-deux-tours peut lui être fatal, il peut exploser en vol », analysait la semaine dernière un élu de droite. Un autre faisait le rapprochement avec Nicolas Sarkozy qui, juste après son élection en 2007, avait fait l’erreur majeure de passer quelques jours de vacances sur le yacht de Vincent Bolloré, provoquant une vive polémique. Mais Sarkozy était déjà élu.
Le RN voit-il s’éloigner son rêve de victoire en 2027 ? La réponse pourrait venir le 7 juillet, date à laquelle la cour d’appel de Paris rendra sa décision dans l’affaire des assistants parlementaires. Marine Le Pen risque une peine d’inéligibilité – le parquet a requis quatre ans de prison, dont un an ferme, et cinq ans d’inéligibilité – qui pourrait l’empêcher de se présenter. Dans ce cas, Jordan Bardella devra prendre le relais. À moins que, d’ici là, la bardellamania ne se soit définitivement éteinte et qu’il faille trouver un remplaçant au remplaçant de Marine Le Pen.



