Bardella veut réduire de moitié la contribution française au budget UE
Bardella veut réduire de moitié la contribution française à l'UE

Exit le « Frexit » et la sortie de l’Union européenne. Au RN, la ligne est désormais de modifier l’UE de l’intérieur, comme l’a expliqué lundi Jordan Bardella dans une interview à Politico. Pour le président du Rassemblement national, cela passe par diminuer de moitié la contribution de la France au budget européen s’il accède à l’Elysée l’an prochain.

Une proposition radicale

« Au lieu de voter une contribution au budget de l’Union européenne à 12 ou 15 milliards (d’euros), eh bien, elle sera réduite de moitié », a-t-il développé. Il imagine ainsi « demander à la Commission européenne de réduire, par exemple, ses dépenses de fonctionnement ». Outre une possible opposition des autres États membres, d’éventuelles économies réalisées sur ce poste risquent de ne pas venir compenser les milliards non versés par la France. En 2024, notre pays a versé 24,2 milliards d’euros pour l’UE, ce qui représentait 0,8 % de notre PIB. Pour 2026, cette contribution doit s’élever à 30,8 milliards d’euros, d’après les calculs du Sénat.

Une question de calendrier

La proposition de Jordan Bardella peut se révéler difficilement applicable en raison du calendrier, les budgets européens étant votés pour une période de sept années. Les pays membres sont actuellement en négociation pour la période 2028-2035, et l’objectif est d’avoir un budget avant l’élection présidentielle française, en avril 2027.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le montant de la contribution de chacun des 27 États membres est calculé à partir du revenu national brut de chaque pays, rappelle auprès de 20 Minutes François Facchini, agrégé des facultés de sciences économiques et professeur à l’université Paris 1. Du fait de l’importance économique de la France, celle-ci a longtemps fait partie du club des pays « contributeurs nets » au budget de l’UE comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Autriche. Concrètement, cela signifie que ces pays « versent plus au budget européen qu’ils ne reçoivent », ajoute François Facchini. Ce phénomène « crée des tensions d’autant plus fortes que ce sont les pays fondateurs de l’UE - l’Europe des 6 - qui contribuent le plus et qui voient dans le même temps la part des dépenses publiques européennes qui leur sont versées baisser. »

Une baisse en 2026

Toutefois, en 2023 et 2024, la France a été bénéficiaire net car elle a bénéficié du plan de relance européen mis en place pendant la crise Covid. Ce dernier est constitué de 390 milliards de subventions aux États membres et de 360 milliards versés sous forme de prêts.

La part versée par chaque pays membre au budget commun est l’objet de négociations et le Parlement européen, où siègent les eurodéputés, est inclus dans ce processus. En 2026, la France a obtenu une baisse d’une partie de sa contribution. « Ce n’est pas un rabais français », avait tenu à souligner Amélie de Montchalin, alors ministre des Comptes publics, lors d’une audition au Sénat repérée par Public Sénat. La France avait demandé, avec les autres pays contributeurs nets, un changement de mode de calcul ; elle a obtenu de ne plus verser que 5,7 milliards d’euros sur les 7,3 milliards prévus sur cette partie de la contribution française.

La PAC, clé pour la France

À quoi sert l’argent versé par les pays membres, qui constitue 92 % du budget de l’UE ? Il est « réparti dans les 27 pays de l’Union, sept domaines et 40 programmes », répond François Facchini. La moitié vient financer des projets qui visent à « réduire les inégalités de développement entre les pays et les régions de l’UE », développe le professeur. Deuxième poste budgétaire, la protection de l’environnement et l’exploitation des ressources naturelles représentent un quart du budget européen. On y trouve la fameuse politique agricole commune, la PAC, dont les agriculteurs français sont les premiers bénéficiaires en Europe.

Si Jordan Bardella venait à diminuer de moitié la contribution française à ce budget, le risque est de voir diminuer les montants attribués aux projets européens, dont cette PAC. Serait-il prêt à payer ce coût politique s’il est élu ?

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale