Benedict Cumberbatch, Alan Cumming et Benedict Wong se sont associés pour une tribune choc dans The Guardian. Leur cible : pas les empires Bolloré, Arnault ou Drahi, mais la fusion annoncée entre Warner Bros. Discovery et Paramount Global. Les trois artistes appellent le public à prendre conscience des risques que cette concentration fait peser sur l'emploi, la diversité créative et l'indépendance de l'information.
Une fusion en voie de réalisation
La Commission européenne a déjà donné son feu vert sous conditions, tandis que la justice californienne tente de faire barrage. Le Royaume-Uni examine le dossier de près. C'est dans ce contexte que les signataires interpellent directement le public via une lettre ouverte. Selon eux, les conséquences seraient désastreuses pour l'industrie du divertissement britannique, qui emploie plus de 180 000 personnes et injecte environ 12 milliards de livres sterling dans l'économie nationale.
« Des milliers d’emplois ont été supprimés », rappellent-ils en évoquant la fusion Warner-Discovery de 2022. La même année, Paramount fusionnait avec Skydance, entraînant « environ 2 000 licenciements ». Les signataires mettent en garde : « Aujourd’hui, les mêmes dirigeants font les mêmes promesses, et les équipes, les producteurs, les talents et le public britanniques en paieront le prix au moment de régler l’addition. »
Moins d’emplois, moins de diversité créative
La réduction des effectifs n'est pas le seul danger. Les artistes soulignent que des « films terminés ont été mis de côté » après la fusion Warner-Discovery, signe d'une homogénéisation des contenus. Pour eux, la concentration des médias réduit mécaniquement la diversité des voix et des créations.
Le spectre d'une information unique
Si le mariage aboutit, une même entreprise détiendrait deux des plus grandes chaînes d'information du monde : CNN (Warner) et CBS News (Paramount). Ensemble, elles totalisent plus de 4,25 millions de vidéos et d'images, couvrant plus d'un demi-siècle d'actualités. « Si un propriétaire guidé par des intérêts commerciaux contrôle l’accès aux deux, il contrôle la matière première de notre mémoire historique », affirment Cumberbatch et ses confrères.
Pour appuyer leurs dires, ils évoquent une promesse que la direction de Paramount aurait faite à Donald Trump en cas de fusion réussie : apporter des « changements radicaux » chez CNN, l'une des cibles préférées du président américain. Bien que non confirmée officiellement, cette information fait écho à une décision récente de Paramount : le licenciement de l'animateur Stephen Colbert, qui agaçait quotidiennement Donald Trump. Colbert s'était fait remarquer en critiquant ouvertement l'accord à 16 millions de dollars passé entre CBS et le président, accord qui avait mis fin à une plainte en diffamation de Trump contre l'émission « 60 Minutes ».
Trump intensifie ses pressions médiatiques
Parallèlement, Donald Trump a déposé une nouvelle plainte en diffamation, cette fois contre la BBC, réclamant 10 milliards de dollars. Le motif : la chaîne britannique aurait laissé entendre qu'il avait incité ses soutiens à attaquer le Capitole le 6 janvier 2020. La BBC a contre-attaqué en demandant à Trump de fournir ses messages personnels échangés avec ses conseillers durant les trois heures précédant son discours ce jour-là, afin de prouver sa bonne foi, comme le rapporte The Independent.
Cette escalade judiciaire illustre, selon les signataires, le danger d'une concentration excessive des médias entre les mains d'intérêts partisans. « Nous devons nous opposer à ce qui serait un pas de plus vers un contrôle monopolistique de notre information et de notre culture », concluent-ils.



