Donald Trump s'aliène-t-il sa propre base avec ses attaques contre le pape et un montage controversé ?
Le président américain Donald Trump suscite un nouveau tollé en s'attaquant frontalement au pape Léon XIV et en publiant un photomontage le représentant en Christ sur son réseau social Truth Social. Ces actions audacieuses pourraient-elles finir par lui aliéner une partie cruciale de son électorat conservateur et religieux ?
Une diatribe violente et un montage hasardeux
Ce week-end, Donald Trump a affirmé ne pas être un « grand fan » du souverain pontife, justifiant son jugement par un ensemble d'allégations douteuses. Selon le dirigeant nord-américain :
- Le pape serait « faible face à la criminalité »
- Il aurait un jugement « catastrophique » en matière de politique étrangère
- Il soutiendrait le programme d'armement nucléaire iranien
- Il aurait désapprouvé l'opération américaine au Venezuela
Quelques heures plus tard, il a illustré sa diatribe d'un montage généré par intelligence artificielle où il apparaît à la façon de Jésus, drapé dans une toge blanche et rouge, devant une auréole de lumière. Sur cette image :
- Il touche le front d'un malade alité d'une main
- Il tient un halo de l'autre main
- Il est entouré de personnes dont une infirmière, une femme priant, et un militaire
- Il est encerclé de symboles américains (deux aigles, le drapeau, la Statue de la Liberté, des soldats)
Réactions immédiates et justification tardive
Face à la polémique, le milliardaire de 79 ans a rapidement retiré sa publication reprenant les codes de la peinture chrétienne. Il a assuré : « C'est censé être moi en tant que médecin, soignant les gens. Et je soigne les gens. Je les soigne beaucoup », ajoutant que « cela avait trait à la Croix-Rouge – en tant que bénévole de la Croix-Rouge, une organisation que nous soutenons. »
Une escalade inédite dans les tensions avec le Vatican
Si les tensions entre Donald Trump et le pape Léon XIV ne sont pas nouvelles – elles se dégradent depuis au moins septembre 2025 quand le souverain pontife a critiqué le traitement des migrants aux États-Unis –, ce nouvel épisode marque une escalade sans précédent. Cette offensive a froissé une partie significative de sa base électorale.
Les réactions au sein de la base trumpiste
L'influenceuse conservatrice Riley Gaines a déploré sur X ne pas « comprendre pourquoi il a posté ça ». L'autrice protestante conservatrice Megan Basham et l'ex-élue au Congrès Marjorie Taylor Greene ont également dénoncé sa publication. Plusieurs personnalités religieuses, dont l'archevêque et président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis Paul Coakley, ont critiqué ce montage.
Analyse d'une experte : Trump franchit une ligne rouge
Pour Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste des États-Unis, Donald Trump a franchi une ligne rouge dangereuse. Elle explique : « Ces sorties ont été très, très mal prises par les catholiques et les évangéliques. Les catholiques crient au blasphème et les évangéliques pointent un manque de respect évident : ce n'est pas bon signal du tout pour lui. »
Elle précise : « Aux États-Unis, on ne se moque pas du pape : on peut le critiquer, mais dans ce cas présent, Donald Trump est vraiment dans l'insulte. Qui plus est, dans son post, dans une forme de logorrhée où il mélange tout et qui est, somme toute, assez minable. »
L'image du pape chez les conservateurs américains
Selon Nicole Bacharan, l'image du pape Léon XIV reste bonne chez les conservateurs religieux américains. « Ce pape-là n'est pas là depuis si longtemps, mais pour les catholiques américains, le pape reste une autorité morale importante, le vicaire du Christ. Chez les protestants, c'est une autorité religieuse respectée. Si on insulte l'autorité religieuse, ils se sentent eux-mêmes insultés. »
Impact potentiel sur les élections de novembre
Trump a obtenu la majorité du vote catholique lors des trois dernières élections (2016, 2020 et 2024 – avec 55% en 2024). Il a tenu ses promesses en nommant des juges anti-avortement à la Cour suprême. Cependant, Nicole Bacharan souligne : « La question, aujourd'hui, est de savoir ce qui va le plus peser : est-ce ce président qui a tenu ses promesses sur une question essentielle pour les catholiques conservateurs, ou le fait qu'il n'ait aucun respect pour la religion ? »
Elle ajoute : « Donald Trump n'a aucune limite quand on l'énerve ou qu'on s'oppose à lui ; son ego ne cesse d'enfler puisqu'il est entouré de gens qui rampent devant lui. Dans certaines circonscriptions ou certains États, cela pourrait quand même lui faire perdre quelques points. »
Un précédent historique inquiétant
Cette attaque frontale contre le souverain pontife est complètement inédite dans l'histoire politique américaine. Nicole Bacharan rappelle : « Il y a déjà eu des désaccords, mais toujours entre gens de bonne compagnie. Prenez Joe Biden... Quand le pape lui a fait savoir qu'il n'était pas content, Biden a répondu qu'il devait écouter sa société. Tout cela se maniait avec une grande politesse et une certaine déférence. Ce sont des valeurs dont Donald Trump ignore la valeur, l'exercice, voire même l'existence. »
Conséquences politiques potentielles
Le reste du camp républicain et les démocrates pourraient exploiter cette tension. Nicole Bacharan estime : « Ils seraient idiots de ne pas le faire ! D'autant plus que le camp de Trump est très inquiet pour ces élections à cause de la guerre et du pouvoir d'achat. Cela va évidemment faire partie du débat électoral. »
Elle conclut : « Dans la mouvance Maga religieuse, ces déboires, ajoutés au sentiment anti-guerre et aux problèmes de pouvoir d'achat, pourraient lui faire perdre des points aux midterms. »



