Près d'un an après l'incendie qui a ravagé l'Oustal Fonzes, restaurant emblématique de Saint-Guilhem-le-Désert, les ruines sont toujours visibles à l'entrée du village. La famille propriétaire, qui attend les conclusions de l'expertise judiciaire, a lancé un food-truck pour maintenir une activité.
Un traumatisme persistant
« On vit en dents de scie et au crochet de la justice depuis un an », déplore Céline Nurit, propriétaire du restaurant. « C'est un traumatisme pour une famille entière, on a tout perdu », ajoute-t-elle. Dans la nuit du 2 au 3 août 2025, un passant avait signalé le départ de feu à 1 h 33 du matin. Deux restaurants ont été détruits, dont l'Oustal Fonzes, ouvert depuis 1914. Une soixantaine de pompiers et une vingtaine d'engins ont combattu les flammes en pleine sécheresse estivale. Aucune victime n'est à déplorer, mais vingt personnes ont été mises au chômage technique et relogées.
L'attente des expertises
Depuis l'incendie, rien n'a bougé sur le site. L'origine du feu reste confidentielle en raison de la procédure pénale en cours au tribunal judiciaire de Montpellier. « On attend toujours les derniers rapports d'expertise, explique Céline Nurit. On avait fait appel à un expert judiciaire en pensant que cela nous aiderait à avancer plus rapidement. Deux rapports ont été rendus mais on en attend encore un troisième. A priori, il y en aurait pour huit mois de plus. » Cette attente a des répercussions sur sa santé : « Depuis l'incendie, j'ai été contrainte de me soigner et de voir des médecins. Ce matin encore, j'ai eu un rendez-vous médical. »
Une palissade pour sécuriser les lieux
La mairie a engagé des travaux pour installer une palissade en bois afin de sécuriser le site. « Les propriétaires n'ont pas l'autorisation juridique de nettoyer les décombres, explique Jean-Philippe Moresmau, maire de Saint-Guilhem-le-Désert. Il faut sécuriser le site et éviter que des passants ne puissent y accéder ou se blesser. » Céline Nurit confie : « On ne voulait pas cacher le désastre, mais la mairie nous soutient depuis le début, au même titre que nos clients et que les habitants du village. Moralement, ça fait du bien de voir qu'on n'est pas complètement oubliés. »
Un food-truck pour survivre
En attendant la reconstruction, Martin de Lapoyade, fils des propriétaires, a créé le food-truck Loudaqui avec sa compagne Méline Renard. Ouvert depuis le 1er juillet, tous les jours midi et soir jusqu'au 31 août, il propose sandwichs pitas, smashs burger, frites et desserts faits maison. La mairie a autorisé à titre exceptionnel son emplacement rue de la Font-du-Portal. « Je suis impressionnée par la détermination de mon fils qui a eu le courage d'ouvrir un food-truck pratiquement en face des ruines de l'Oustal Fonzes dans lequel il vivait depuis ses 5 ans, confie Céline Nurit. Les clients nous demandent et nous suivent encore, même au bout d'un an, ça fait chaud au cœur. »
Une vague de solidarité
Dès le lendemain de l'incendie, une cagnotte Leetchi a été lancée par Frédéric Ly, ami des propriétaires. À ce jour, 17 625 € ont été récoltés. « Il y a eu tout un élan de solidarité derrière moi, affirme-t-il. Certains habitants sont même venus nous demander un accompagnement pour contribuer à la cagnotte, car ils ne savaient pas comment cela fonctionnait ! » Cette somme a permis de participer à divers frais mais reste bien inférieure aux dépenses. « Les plus anciens de chez nous sont nés avec Fonzes, reprend Frédéric Ly. Pour nous, c'était comme le cataclysme de Notre-Dame de Paris… Avec les flammes, nous avons ressenti la même chose. »
Le récit de la nuit du drame
Martin de Lapoyade raconte : « Vingt-cinq ans de notre vie ont été construits autour de l'Oustal. Le soir de l'incendie, c'est le chien qui nous a alertés en aboyant. Ma compagne, mon père et moi travaillions. Mon père est resté à l'intérieur, sous le choc des flammes. Il a failli y passer. C'est moi qui suis allé le sortir des flammes avec Aurore Raoul, propriétaire de l'Hôtel Guilhaume d'Orange. Aurore est notre ange gardien. » Guy de Lapoyade, associé et propriétaire, vivait dans un appartement sous le restaurant. Depuis, « il vit dans une chambre de 11 m² à l'hôtel d'Aurore, en attendant que quelque chose bouge. C'est sûr qu'humainement, c'est très compliqué. D'autant plus que l'incendie s'est déclaré la veille de son anniversaire, le 4 août », ajoute Céline Nurit.



