IVG aux États-Unis : le nombre d'avortements dépasse toujours les niveaux d'avant Roe
IVG : les avortements toujours plus nombreux qu'avant Roe

Quatre ans après la décision Dobbs qui a renversé l'arrêt Roe v. Wade, le nombre d'avortements aux États-Unis reste supérieur à celui enregistré avant 2022. Cette situation paradoxale s'explique par une augmentation des procédures dans les États où l'accès reste légal, qui compense les interdictions quasi totales dans une vingtaine d'États républicains.

Une victoire juridique, un recul sur le terrain

En juin 2022, la Cour suprême américaine a supprimé le droit fédéral à l'avortement, qui était garanti depuis 1973 par l'arrêt Roe v. Wade. La décision Dobbs a rendu aux cinquante États la compétence pour légiférer sur l'IVG. Sur le papier, les conservateurs ont obtenu leur plus grand succès depuis un demi-siècle. Mais sur le terrain, les chiffres racontent une autre histoire.

Selon l'Institut Guttmacher, qui suit les données sur l'avortement aux États-Unis, le nombre d'avortements a augmenté de 11 % entre 2020 et 2023, passant d'environ 930 000 à plus d'un million par an. Les données les plus récentes, pour 2024, montrent une poursuite de cette tendance, avec un total annuel qui dépasse les niveaux d'avant la chute de Roe v. Wade.

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Le rôle crucial des États refuges

Cette augmentation s'explique en grande partie par la multiplication des avortements dans les États où l'accès est resté légal, comme la Californie, New York ou l'Illinois. Ces États ont vu affluer des patientes venues d'États restrictifs, comme le Texas ou l'Oklahoma. Des cliniques mobiles et des réseaux d'aide au transport ont été mis en place pour faciliter ces déplacements.

Les avortements médicamenteux, qui représentent désormais plus de 60 % des procédures, ont également joué un rôle clé. La télémédecine permet à des femmes vivant dans des États restrictifs de recevoir des médicaments abortifs par courrier, contournant ainsi les interdictions locales. Cette pratique a été facilitée par des lois de protection adoptées dans certains États progressistes.

Des disparités régionales marquées

La situation varie fortement selon les régions. Dans le Sud et le Midwest, où les interdictions sont les plus strictes, le nombre d'avortements a chuté de façon spectaculaire. Au Texas, par exemple, les avortements ont diminué de plus de 50 % après l'entrée en vigueur de la loi SB 8. Mais dans les États du Nord-Est et de la côte Ouest, les avortements ont augmenté de 20 à 30 %.

Cette géographie inégale crée des inégalités d'accès importantes. Les femmes les plus pauvres, qui ne peuvent pas se déplacer, sont les plus touchées par les restrictions. Selon une étude de la société de recherche sur la santé reproductive, le nombre de naissances a augmenté dans les États restrictifs, notamment chez les femmes les plus jeunes et les moins diplômées.

Une bataille politique qui se poursuit

La question de l'avortement reste un enjeu politique majeur aux États-Unis. Depuis 2022, plusieurs États ont organisé des référendums sur le droit à l'avortement, et dans la majorité des cas, les électeurs ont soutenu le maintien ou le rétablissement de l'accès. En 2024, des initiatives similaires ont été adoptées dans plusieurs États, y compris dans des États conservateurs comme le Kansas ou le Kentucky.

Mais les législatures républicaines continuent de durcir les restrictions. Certaines envisagent d'interdire les avortements dès la fécondation, tandis que d'autres cherchent à limiter les déplacements des patientes. La Cour suprême pourrait également être saisie de nouvelles affaires, notamment sur la légalité des avortements médicamenteux.

Un avenir incertain

Les experts estiment que la tendance actuelle pourrait s'inverser si de nouvelles restrictions sont adoptées au niveau fédéral. Une victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle de 2024 pourrait conduire à une interdiction nationale de l'avortement, bien que le candidat républicain ait récemment déclaré qu'il laisserait cette question aux États.

En attendant, les femmes américaines continuent de vivre avec un accès à l'avortement très inégal selon leur lieu de résidence. Les données montrent que malgré les obstacles, le nombre d'avortements reste élevé, mais la bataille pour le droit à l'IVG est loin d'être terminée.

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