L'axe du mal, une invention américaine qui tourne désormais dans le vide
L'axe du mal, une invention américaine qui tourne dans le vide

L'axe du mal, une invention américaine qui tourne désormais dans le vide

C’était au départ une trouvaille des conseillers de George W. Bush, peu après les attentats du 11-Septembre. Dans son discours sur l’état de l’Union, en janvier 2002, le président des États-Unis qualifie d'"axe du mal" ces États accusés d’avoir aidé Ben Laden et les islamistes : l’Iran, l’Irak, et la Corée du Nord. L’expression, empruntée au lexique de la Seconde Guerre mondiale, va servir à la croisade du bien contre le mal lancée par les néoconservateurs américains juste avant l’invasion de l’Irak en 2003 ; puis elle passera aux oubliettes, avant de revenir sur le devant de la scène après l’attaque russe en Ukraine, en 2022.

Un camp du mal clairement identifié

Cette fois-ci, le camp du mal est clairement identifié : les régimes autocratiques, revanchards et antioccidentaux de Poutine, de Xi Jinping, d’Ali Khamenei et de Kim Jong-un. Soit les quatre cavaliers de l’apocalypse qui cumulent ensemble, jusqu’à la mort du Guide suprême iranien, 84 années de pouvoir.

Inutile de chercher derrière cette appellation une quelconque cohérence. "C’est la façon dont les États-Unis perçoivent ces pays, en insistant sur une justification morale, car dans la réalité, cet axe n’existe pas", résume Guillaume Lasconjarias, professeur associé à la Sorbonne Université. Pas d’organisation, pas d’alliance militaire, pas de secrétariat permanent, pas même d’objectifs communs… Et pourtant, entre Pyongyang, Pékin, Téhéran et Moscou, le courant passe bien, entretenu par une détestation mutuelle des valeurs occidentales et démocratiques.

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Une alliance plus imaginaire que réelle

Au point que le régime des mollahs, de plus en plus isolé, va surjouer cette carte diplomatique. D’abord en mars 2023, lorsque la Chine bouscule l’échiquier du Moyen-Orient en célébrant le rapprochement de Téhéran et Ryad. Puis en janvier 2025, lorsque l’Iran signe un partenariat stratégique avec la Russie. Mais le 28 février dernier, quand les missiles israéliens et américains transpercent le ciel de Téhéran, l’Iran ne reçoit aucune aide de ses alliés, en dehors des discours condamnant l’agression. La Russie, trop occupée en Ukraine, ne tient pas ses promesses de soutien.

"Ces alliances ne sont pas très solides dans l’adversité : cet axe manquait de cohésion en dehors d’un imaginaire géopolitique et d’intérêts communs. Et aujourd’hui, même leurs intérêts divergent", relève Marc Hecker, directeur exécutif de l'Ifri. Le délitement du régime des mollahs ne fait en effet pas les affaires de ses alliés. La Chine s’inquiète de la fourniture du brut iranien, tandis qu’en Russie, à l’inverse, la flambée des cours est une aubaine.

Des intérêts divergents et des risques de chaos

Pas de quoi rassurer totalement Moscou, qui a beaucoup à craindre d’une chute éventuelle de la République islamique. Le risque de chaos politique pourrait avoir des répercussions jusque dans les anciennes républiques de l'Union soviétique. Voici sans doute la première leçon géopolitique de l’attaque du 28 février : l’axe du mal, inventé par les Américains il y a presque un quart de siècle, tourne désormais dans le vide.

Cette analyse souligne que, malgré les apparences d'une unité contre l'Occident, les régimes de Poutine, Xi Jinping, Khamenei et Kim Jong-un sont en réalité traversés par des tensions et des priorités divergentes. L'absence de réaction concrète lors de l'attaque contre Téhéran en est la preuve la plus flagrante, révélant une alliance fragile et largement symbolique.

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