Du 9 au 12 juin, le tribunal judiciaire de Paris juge des ressortissants géorgiens accusés d'avoir dérobé des éditions rares d'Alexandre Pouchkine dans plusieurs grandes bibliothèques européennes. Le préjudice s'élève à environ 3 millions d'euros, avec près de 200 livres volés dans une dizaine de pays.
Un réseau criminel organisé
Pendant plusieurs années, un réseau criminel a identifié des ouvrages précieux, détaillé leurs caractéristiques, puis les a falsifiés et remplacés par des subterfuges sophistiqués. Deux cerveaux présumés sont déjà emprisonnés en Pologne et en Estonie, sans révéler le destinataire final des livres.
Des exemplaires retrouvés à Moscou
Des exemplaires correspondant aux volumes volés circulent aujourd'hui dans des salles de vente à Moscou, parfois avec les tampons des bibliothèques visibles sur les photographies. Les acheteurs appartiennent au cercle du pouvoir, renforçant l'image d'une Russie kleptocrate.
Pouchkine, symbole d'une culture en déclin
Pour Arthur Larrue, écrivain contraint de quitter Saint-Pétersbourg en 2013, ces vols illustrent la débandade culturelle de la Russie. « La Russie meurt à force de tuer en Ukraine », écrit-il. Les statues de Pouchkine sont abattues en Ukraine, les bibliothèques se vident de leurs ouvrages russophones. Le vol des livres devient le symbole d'une nation qui se racornit et disparaît.
Un crime contre la culture
Larrue dénonce une instrumentalisation de la littérature par le pouvoir, qui confisque les fétiches culturels pour les vider de leur sens. « Ils continuent de tuer un poète assassiné », ajoute-t-il, comparant les commanditaires au baron d'Anthès, meurtrier de Pouchkine. Les voleurs, probablement sans lien avec leurs commanditaires, ne révéleront rien lors du procès, mais leur geste parle : ils tuent même les poètes.



