De Gaza aux Calanques : Rehaf al-Batniji, mémoire d'un monde disparu
De Gaza aux Calanques : Rehaf al-Batniji, mémoire d'un monde

Après 85 jours de guerre et la mort de soixante-cinq de ses proches, la photographe palestinienne Rehaf al-Batniji, 35 ans, a été évacuée de l'enclave de Gaza. Elle est arrivée en France le 1er février 2024 et est désormais en résidence aux Beaux-Arts de Marseille, dans les Calanques. Ses photos prises avant le conflit sont devenues des archives inestimables d'un monde aujourd'hui englouti sous les bombes.

Une évacuation parmi les premiers artistes

Rehaf al-Batniji fait partie des premiers artistes de Gaza à avoir été évacués. Son arrivée en France a été rendue possible grâce à un réseau de soutien, et elle a été hébergée aux Beaux-Arts de Marseille, où elle poursuit son travail photographique. Dans un entretien accordé à Sarah Diffalah du Nouvel Obs, la photographe confie son épuisement face à une temporalité qui lui échappe encore, notamment celle de la bureaucratie française. Elle vient de déposer sa demande d'asile et pensait que l'affaire serait réglée en deux ou trois jours, mais les démarches s'éternisent.

« Nous avons toujours été condamnés à l'urgence »

Interrogée sur son expérience, Rehaf al-Batniji explique : « Tu sais, en tant que Palestiniens, et c'est vrai des Gazaouis en particulier, on ne contrôle pas notre temps. C'est lui qui nous possède. Nous n'avons jamais eu le privilège de planifier quoi que ce soit. Nous avons toujours été condamnés à l'urgence, au présent perpétuel. » Cette citation reflète le sentiment d'urgence qui a marqué sa vie et celle de nombreux Gazaouis, contraints de vivre au jour le jour.

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Des archives photographiques d'un monde disparu

Avant la guerre, Rehaf al-Batniji photographiait la vie quotidienne à Gaza, capturant des scènes de rue, des portraits et des paysages. Aujourd'hui, ces images sont devenues des documents historiques, témoignant d'un monde qui n'existe plus. Son travail est présenté comme une mémoire photographique, essentielle pour préserver la culture et l'histoire palestiniennes. Dans le cadre de sa résidence à Marseille, elle continue de créer, tout en portant le poids de la perte de ses proches et de son pays.

Un exil entre urgence et création

L'exil de Rehaf al-Batniji s'inscrit dans un contexte plus large de déplacement forcé des artistes et intellectuels palestiniens. Son histoire met en lumière les défis auxquels ils sont confrontés : la fuite, l'adaptation à un nouveau pays, et la nécessité de continuer à créer malgré tout. La photographe, dont la voix trahit une immense fatigue, incarne cette résilience. Son travail aux Beaux-Arts de Marseille est une tentative de reconstruire une vie, tout en honorant la mémoire de ceux qui ont disparu.

Un avenir incertain

Alors qu'elle attend la réponse à sa demande d'asile, Rehaf al-Batniji reste dans l'incertitude. La bureaucratie française s'ajoute aux traumatismes de la guerre. Pourtant, elle continue de photographier, transformant son exil en un nouveau chapitre de son œuvre. Ses images, désormais archives, sont un pont entre le passé et le présent, entre Gaza et Marseille. Ce portrait, premier d'une série de cinq épisodes consacrés aux artistes de Gaza en exil, met en lumière une voix essentielle de la mémoire palestinienne.

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