Une nouvelle vague de mutineries dans les prisons du Sri Lanka a fait trois morts et 23 blessés, tous des détenus, ont annoncé les autorités pénitentiaires samedi. Les incidents se sont produits dans plusieurs établissements du pays, en proie à une surpopulation chronique et à des tensions récurrentes.
Des violences dans plusieurs prisons
Selon le porte-parole du département des prisons, Chandana Ekanayake, les affrontements ont éclaté vendredi soir dans au moins trois prisons, notamment celle de Colombo, la capitale, ainsi que dans les centres de détention de Galle et de Kandy. Les détenus ont incendié des bâtiments et saccagé des infrastructures, provoquant l'intervention des forces de l'ordre.
« Les forces spéciales ont été déployées pour rétablir l'ordre. Trois détenus ont succombé à leurs blessures, et 23 autres sont hospitalisés, dont deux dans un état critique », a précisé M. Ekanayake à l'Agence France-Presse. Les causes exactes des décès n'ont pas encore été déterminées, mais des sources locales évoquent des blessures par balles ou des suffocations lors des incendies.
Un système pénitentiaire sous tension
Cette nouvelle flambée de violences s'inscrit dans un contexte de surpopulation carcérale aiguë. Les prisons sri-lankaises, conçues pour accueillir environ 11 000 détenus, hébergent actuellement plus de 26 000 personnes, soit un taux d'occupation de près de 240 %. Cette situation exacerbe les tensions et favorise les incidents, comme en témoignent les mutineries à répétition depuis plusieurs mois.
En juin déjà, une mutinerie dans la prison de Mahara, près de Colombo, avait fait cinq morts et une vingtaine de blessés. Les autorités imputent ces violences à la surpopulation, mais aussi à la mauvaise qualité de la nourriture et aux conditions de détention déplorables, souvent dénoncées par les organisations de défense des droits humains.
Le gouvernement promet des réformes
Face à cette crise, le ministre de la Justice, Harshana Nanayakkara, a annoncé samedi la mise en place d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur ces événements. Il a également promis des réformes visant à désengorger les prisons, notamment par la libération anticipée de certains détenus et le recours accru aux peines alternatives.
« Nous sommes conscients de la gravité de la situation et nous prenons des mesures immédiates pour améliorer les conditions de détention », a déclaré le ministre. Cependant, ces annonces suscitent le scepticisme parmi les familles des victimes et les observateurs, qui rappellent que des promesses similaires n'ont jamais été suivies d'effets concrets.
Une situation humanitaire préoccupante
Les ONG locales, comme l'Association pour la défense des prisonniers, dénoncent depuis longtemps un système pénitentiaire à bout de souffle. Elles pointent du doigt le manque de personnel, les infrastructures vétustes et l'absence de programmes de réinsertion. « Chaque mutinerie est le symptôme d'un malaise profond. Les détenus n'ont rien à perdre, et le gouvernement doit agir urgemment », a déclaré la porte-parole de l'association, Nadeeka Gunasekara.
Alors que le pays traverse une grave crise économique, les autorités peinent à financer des réformes ambitieuses. La communauté internationale, notamment le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, a appelé le gouvernement sri-lankais à garantir la sécurité et la dignité des personnes incarcérées.



