Christie's organise une vente aux enchères exceptionnelle les 13 et 14 novembre à Paris, proposant une dizaine de tirages originaux de Gustave Le Gray, pionnier de la photographie. Parmi eux, quatre « marines » prises à Sète, issues du fonds de Roger Thérond, le grand patron de presse sétois, avec des mises à prix comprises entre 30 000 et 700 000 euros.
Des œuvres emblématiques de l'âge d'or de la marine sétoise
Les acheteurs pourront avoir un coup de cœur pour « Le Saïd dans le port de Sète », « Vue du panorama du port de Sète », « Ciel chargé, mer Méditerranée » ou encore « Marine, bateau quittant le port ». Ces œuvres, imprimées sur papier albuminé, d'après négatif sur verre au collodion, plongent le spectateur dans l'univers portuaire de l'âge d'or de la marine sétoise. Gustave Le Gray n'avait pas son pareil pour capter les éléments, notamment lorsqu'ils se déchaînent, ce qui était impressionnant pour l'époque.
Devenu photographe officiel de Napoléon III et du Second Empire, il avait réalisé ces clichés pendant une mission héliographique démarrée en 1851, une mission d'inventaire du patrimoine historique national. Ses tirages, produits grâce à des techniques uniques et aujourd'hui oubliées, sont régulièrement proposés en salle des ventes. Après la Maison Rouillac et la Maison Yann Le Moel en 2024, c'est au tour de Christie's d'organiser cette vente, qui se tiendra également en ligne du 6 au 17 novembre.
Une collection légendaire constituée par Roger Therond
Au total, ce ne sont pas moins de 350 photos du fonds constitué au cours de sa vie par le patron de presse sétois qui seront proposées à la vente par ses ayants droits. Une première selon Christie's à l'occasion du bicentenaire de la photo. « C'est à Sète, ville natale de notre père, que Gustave Le Gray a réalisé certaines de ses plus célèbres marines. Cette épreuve, explique l'une des filles de Roger Therond, Eve Therond, à propos de Marine, bateau quittant le port (vers 1856), citée par Christie's, est donc une sorte de pèlerinage visuel, un hommage à ses racines de méridional, mais aussi à son amour du romantisme exacerbé, mélancolie et rêve, et à son goût du sublime ».
« Regardez cette image somptueuse, disait-il en parlant de “La Grande Vague”, et voyez comme la réalité a déjà perdu sa souveraineté. Bref, l'art survient. Ces vagues à la Courbet, ces lumières et ces ciels, dus à deux images superposées au niveau de l'horizon, nous invitent au voyage baudelairien. »
Des estimations allant jusqu'à 700 000 euros
« Cette collection légendaire », comme la qualifie Christie's, est le fruit d'une passion commencée modestement : « Ce qui est amusant avec Roger Therond, c'est qu'il a commencé à collectionner, ils n'étaient qu'une dizaine. Lui a débuté en allant aux puces, ce n'est que plus tard qu'il a fait des acquisitions en salle des ventes », expose Briséis Leenhardt, chargée de la communication.
Parmi les quatre œuvres mises aux enchères, celle intitulée « Marine, bateau quittant le port » (1856-1857) a été estimée entre 500 000 € et 700 000 €. Les autres ont été mises à prix entre 30 000 € et 50 000 €, ou entre 80 000 € et 120 000 € pour « Ciel chargé – mer Méditerranée », datant de 1857 comme « La Grande Vague ». Les photos seront exposées à Paris chez Christie's du 6 au 13 novembre, avant la vente des 13 et 14 novembre.