Déni des pollutions : les analyses de Billaud et Zeitoun
Déni des pollutions : Billaud et Zeitoun analysent

Dans une tribune publiée par Le Monde le 4 juillet 2026, le biologiste Marc Billaud et le médecin épidémiologiste Jean-David Zeitoun interrogent les racines du déni collectif face aux pollutions environnementales. Selon eux, ce déni n'est pas un simple manque d'information, mais un phénomène structuré par des mécanismes psychosociaux, économiques et politiques.

Un déni aux multiples facettes

Les auteurs distinguent plusieurs formes de déni. Le déni individuel permet de réduire l'angoisse face à des risques invisibles et différés. Le déni institutionnel, lui, se manifeste par une sous-estimation systématique des dangers, comme l'illustre le cas des pesticides ou des perturbateurs endocriniens. Billaud et Zeitoun rappellent que, selon l'Organisation mondiale de la santé, 23 % des décès mondiaux sont liés à des facteurs environnementaux évitables. Pourtant, ces chiffres peinent à se traduire en actions concrètes.

Les deux scientifiques pointent également le rôle des industries polluantes, qui financent des études minimisant les risques et entretiennent un doute artificiel. Ils citent l'exemple du tabac, où il a fallu des décennies pour reconnaître les méfaits du tabagisme passif.

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Les biais cognitifs en cause

Les mécanismes cognitifs jouent un rôle clé. Le biais d'optimisme conduit chacun à penser que les risques ne le concernent pas personnellement. Le biais de confirmation pousse à ne retenir que les informations rassurantes. En outre, la complexité des données scientifiques, avec des effets souvent non linéaires et des cocktails de substances, rend la perception du danger difficile.

Billaud et Zeitoun soulignent que les médias contribuent parfois à ce brouillage en traitant les controverses scientifiques comme des débats équilibrés, alors que le consensus scientifique est clair sur de nombreux sujets.

Des intérêts économiques puissants

Au-delà des biais individuels, les auteurs mettent en avant les intérêts économiques qui freinent la régulation. Ils rappellent que le coût mondial de la pollution de l'air est estimé à 2 900 milliards de dollars par an, selon la Banque mondiale, soit 3,3 % du PIB mondial. Pourtant, les industries polluantes dépensent des sommes considérables en lobbying pour éviter des normes contraignantes.

En France, le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les pesticides de 2024 avait déjà mis en lumière les pressions exercées sur les agences sanitaires. Les deux signataires appellent à une transparence accrue et à un financement indépendant de la recherche.

Vers une prise de conscience collective ?

Billaud et Zeitoun estiment que la pandémie de Covid-19 a montré qu'une mobilisation rapide est possible face à une menace sanitaire. Mais ils regrettent que cette prise de conscience n'ait pas été étendue aux pollutions chroniques. Ils proposent plusieurs pistes : renforcer l'éducation aux risques environnementaux dès l'école, créer un observatoire indépendant des pollutions, et instaurer un délit de mise en danger délibérée de l'environnement.

« Le déni n'est pas une fatalité, écrivent-ils. Il est le résultat de choix politiques et économiques. Nous avons les connaissances pour agir ; il nous manque la volonté collective. » Un appel à sortir de l'inaction face à ce qu'ils qualifient de « plus grand défi sanitaire du XXIe siècle ».

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