Dans une tribune publiée par Libération, le philosophe et activiste Paul B. Preciado lance un avertissement sans précédent : la « thermocratie », un régime politique fondé sur la combustion des énergies fossiles, met en péril la survie de l'humanité. Selon lui, ce système impose une « économie de la mort » qui transforme les corps en marchandises et la Terre en ressource épuisable.
Qu'est-ce que la thermocratie ?
Preciado définit la thermocratie comme un ordre mondial où le pouvoir politique et économique est indissociable de l'exploitation du pétrole, du gaz et du charbon. « La thermocratie n'est pas une métaphore, mais une réalité concrète », écrit-il. « Chaque goutte de pétrole brûlée est une décision politique qui tue. » Selon l'auteur, ce régime a émergé avec la révolution industrielle et s'est intensifié au XXe siècle, façonnant nos modes de vie, nos désirs et nos corps.
Les chiffres alarmants
Preciado rappelle que les émissions de CO2 liées à la combustion fossile ont augmenté de 60 % depuis 1990, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). « Nous brûlons l'équivalent de 100 millions de barils de pétrole chaque jour », souligne-t-il. Cette combustion massive a déjà provoqué une hausse de 1,2 °C de la température mondiale par rapport à l'ère préindustrielle, entraînant des catastrophes écologiques et sanitaires.
Un appel à la révolution des corps
Pour Preciado, la lutte contre la thermocratie passe par une transformation radicale de nos modes de vie et de nos désirs. « Il ne suffit pas de changer les ampoules ou de trier ses déchets », affirme-t-il. « Il faut une révolution des corps, de la sexualité, du genre et de la reproduction. » Il propose de « décoloniser nos imaginaires » et de créer de nouvelles formes de vie collective, libérées de la dépendance aux énergies fossiles.
L'auteur critique également les politiques climatiques actuelles, qu'il juge insuffisantes. « Les accords de Paris ne sont qu'un pansement sur une hémorragie », déclare-t-il. « Nous avons besoin d'une rupture radicale, pas de réformes à la marge. »
Quelles conséquences pour l'humanité ?
Preciado avertit que la poursuite de la thermocratie mènera à une « extinction massive » de la vie sur Terre. « Les scientifiques nous disent que nous avons moins de dix ans pour inverser la tendance », écrit-il. « Si nous continuons ainsi, des centaines de millions de personnes seront déplacées, des écosystèmes entiers s'effondreront et la civilisation telle que nous la connaissons disparaîtra. »
Il appelle à une alliance entre les mouvements écologistes, féministes, antiracistes et LGBTQ+ pour construire un « front commun » contre la thermocratie. « Il s'agit de repenser le politique à partir de la vulnérabilité des corps et de la Terre », conclut-il.



