Selon les projections du GIEC évoquées dans les travaux du CNRS, la presqu'île de Giens pourrait redevenir une île à l'horizon 2500. Les deux tombolos qui la relient actuellement au continent pourraient se rejoindre vers 2300, puis se séparer à nouveau deux siècles plus tard sous l'effet de la montée du niveau de la mer. Ces résultats ont été présentés en avant-première lors des journées scientifiques de début septembre à la Villa Magdala d'Hyères.
Une étude inédite sur le double tombolo de Giens
Jean-Philippe Goiran, chercheur au CNRS, a consacré cinq années de recherches à l'évolution des paysages côtiers méditerranéens. Après avoir grandi à La Londe et étudié au lycée Jean-Aicard d'Hyères, il a rejoint Lyon pour travailler sur la géologie des ports antiques de Méditerranée. En 2020, alors qu'il devait étudier les ports étrusques en Toscane, la crise sanitaire a bloqué son équipe en France. L'idée de réorienter l'étude sur la presqu'île de Giens a alors émergé. Jamais une telle opération n'avait été lancée.
La technique utilisée repose sur des carottages. « C'est une véritable machine à remonter le temps », explique le chercheur. Des cylindres métalliques sont enfoncés dans le sol pour récupérer des colonnes de sédiments, comparées à un « millefeuille sédimentaire ». Les datations au radiocarbone permettent d'établir la chronologie. Les carottages descendent généralement entre 5 et 10 mètres, parfois jusqu'à 15 mètres. Les datations les plus anciennes remontent à environ 7000 avant Jésus-Christ.
Une île rattachée au continent il y a 6000 ans
Les premières analyses montrent qu'il y a environ 6000 ans avant Jésus-Christ, Giens était encore une île. Elle a ensuite été progressivement rattachée au continent par la formation de deux tombolos. Pour le tombolo est, les carottages réalisés du côté de La Capte indiquent qu'il était déjà présent autour de 1000 avant Jésus-Christ. Il était alors émergé et culminait à plusieurs mètres au-dessus du niveau de la mer antique, alors que celui-ci était environ un mètre inférieur à celui d'aujourd'hui.
Pour le tombolo ouest, le fonctionnement est différent. À mesure que la mer monte, la plage est repoussée vers l'intérieur. Elle rencontre des grès très anciens situés au large d'Olbia, qui servent de « colonne vertébrale » au tombolo. Les chercheurs pensent que les deux tombolos sont probablement presque synchrones, mais des datations supplémentaires sont nécessaires pour le confirmer.
La lagune et les sédiments sous pression
La lagune actuelle n'est pas celle de l'Antiquité. À cette époque, elle s'étendait davantage vers l'ouest, avec les profondeurs les plus importantes près de la route du sel. La remontée du niveau marin a modifié son fonctionnement et sa géographie. Par ailleurs, les apports de sédiments vers le littoral diminuent à cause des aménagements, barrages et digues. « Résultat, ils sont bloqués avant même de pouvoir alimenter les tombolos », souligne Jean-Philippe Goiran.
Le chercheur insiste sur la nécessité de réaliser davantage de datations au radiocarbone et de nouveaux carottages dans des secteurs clés, souvent situés sur des parcelles privées. Les résultats ne sont pas encore publiés dans des revues scientifiques, mais les actes des journées doivent être publiés par le Parc national de Port-Cros. « Nous avons fait le choix de les partager également avec la société civile, ce qui permet d'ailleurs d'enrichir les discussions », précise-t-il.
Selon les projections du GIEC, les deux tombolos pourraient se rejoindre vers 2300 pour former un seul cordon dunaire au milieu de la lagune des Pesquiers. Vers 2500, Giens pourrait ainsi retrouver son statut d'île, même si les projections restent difficiles à établir avec précision à ces échelles de temps.



