Mégafeu en Gironde : 42 000 hectares brûlés, retour progressif des évacués
Mégafeu en Gironde : 42 000 ha brûlés, retour des évacués

Près de 42 000 hectares en une semaine. C'est le périmètre parcouru par le « mégafeu » qui sévit depuis le 22 juillet en Gironde, soit plus de quatre fois la superficie de Paris. Dans le département, l'incendie reste « toujours stabilisé » ce mercredi 29 juillet. Celui dans les Landes, parti jeudi, est quant à lui « fixé », après avoir parcouru 3 600 hectares. Mais la tension n'est pourtant pas retombée face au retour des fortes chaleurs depuis mardi. Un nouvel épisode caniculaire, le quatrième depuis le début de l'année, qui frappe les deux départements et les place en vigilance orange canicule, fait craindre le risque de reprise de feux.

Le départ du feu : une étincelle fatale

Tout part du bord d'une route, dans une pinède près du village de Saumos, aux alentours de midi le mercredi 22 juillet. Deux ouvriers, alors occupés à débroussailler une ligne à haute tension d'Enedis, aperçoivent les premières flammes. Une opération pourtant censée prévenir tout risque d'incendie, qui devait s'achever à 13 heures dans le cadre de la vigilance rouge pour les feux de forêt. Le temps qu'ils donnent l'alerte et que les pompiers arrivent, il était déjà trop tard. Ce jour-là, la Gironde, un département déjà placé en risque élevé par la météo des forêts, compte pas moins de 14 départs de feu. La veille, deux pompiers avaient perdu la vie près de l'aéroport de Bordeaux, leur camion s'étant retrouvé piégé par les flammes lors d'une intervention.

Le feu, lui, ne tarde pas à s'emballer en direction de Saumos. À la tombée du jour, 1 000 hectares partaient déjà en fumée, progressant en direction du bassin d'Arcachon. Une surface multipliée par six en moins de trois heures qui a mobilisé dès le premier jour près de 500 sapeurs-pompiers. Un incendie qui a forcé des milliers d'évacuations, notamment au sein de la commune de Porge, ravagée par les flammes où il ne reste dans les rues que des vestiges cendrés.

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L'évacuation du cap Ferret : une opération inédite

Quarante-huit heures. C'est le temps qu'il aura fallu à l'incendie en Gironde pour parcourir 19 000 hectares, forçant l'évacuation de 110 000 personnes au soir du vendredi 24 juillet. Un feu si incontrôlable que la préfecture de Nouvelle-Aquitaine s'est résolue, dès les premières heures de la journée, à ordonner l'évacuation de la presqu'île du cap Ferret, prisée des touristes. Un plan d'évacuation d'une ampleur inédite sur cette presqu'île où ne serpente qu'une seule route, obligeant les autorités à s'adapter : une trentaine de navettes maritimes ont été réquisitionnées pour escorter habitants et vacanciers vers Arcachon, loin des flammes.

Au fil de la journée, 40 000 personnes ont ainsi fui le cap Ferret, tandis que l'incendie, d'une « ampleur inédite » selon la préfète de Gironde Sophie Brocas, poursuivait sa course vers la métropole bordelaise. Des scènes qui ont donné lieu à des images inédites, comme cette photo de Maximilien Lamy qui a réussi capturer un moment paradoxal : celui d'un couple assis sur la plage statique alors que dans le fond s'élèvent les panaches de fumées. En parallèle, à quelques kilomètres de là, un second feu prenait forme, cette fois-ci au sud du bassin d'Arcachon dans les Landes. Parti d'un accident de véhicule dans l'après-midi du 23 juillet, l'incendie s'est rapidement propagé, parcourant dès sa première journée 2 600 hectares. Au total, 110 000 personnes en Gironde et 31 000 dans les Landes ont été déplacées à la fin de la journée de vendredi, une opération liée aux incendies sans précédent en France. Face à une situation « sous très forte tension », le président Emmanuel Macron a annoncé l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne, ainsi que la mobilisation des armées appelées en « renfort maximal de la sécurité civile » dans le Sud-Ouest.

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Un feu « convectif » d'une extrême violence

« Voraces » ou « XXL » : les autorités redoublent de superlatifs pour qualifier les flammes qui s'organisent en système « convectif ». Un phénomène qui « crée une colonne de convection [comme tout incendie] tellement forte qu'il y a un phénomène d'aspiration qui se produit au niveau du sol pour alimenter cette colonne », expliquait au « Nouvel Obs » Eric Rigolot, ingénieur de recherche à l'unité Ecologie des forêts méditerranéennes de l'Inrae d'Avignon. Le feu va donc se mettre à générer son propre courant d'air qui nourrit les flammes. « Le vent va attiser le feu en retour. C'est un phénomène d'auto-entraînement et d'auto-alimentation », ajoute l'ingénieur.

Les flammes aux portes de Bordeaux

La semaine s'achève sur un bilan lourd pour la Gironde, théâtre du « plus gros feu de la saison » : près de 42 000 hectares partis en fumée, 240 habitations détruites et 220 000 personnes évacuées. Dans le week-end, alors que les communes limitrophes de Bordeaux continuent d'être visées par des ordres d'évacuation, le maire de la ville se veut rassurant, l'évacuation de la neuvième ville de France n'est alors « pas à l'ordre du jour », face aux flammes qui se trouvent à une quinzaine de kilomètres de la ville.

Dans la nuit de samedi à dimanche, le gigantesque incendie a pourtant montré sa puissance, dévorant 10 000 hectares. Sur le front, 2 500 sapeurs-pompiers ont lutté à pied d'œuvre contre les flammes. Face à l'ampleur de la catastrophe, la préfète de Gironde a exhorté les touristes « à ne pas venir » en vacances dans le département et à « envisager une autre destination ». À quelques dizaines de kilomètres de là, dans les Landes, l'inquiétude demeure alors que le feu se trouvait dimanche « mieux contenu mais pas fixé ». Un léger répit obtenu grâce à « quelques gouttes de pluie » et des conditions météorologiques plus favorables d'après le préfet Gilles Clavreul, après 3 600 hectares brûlés. Assez pour que 3 000 des 30 000 personnes évacuées puissent rentrer chez elles.

Une légère accalmie… mais la canicule menace

Après cinq jours d'une lutte acharnée, une fragile accalmie s'est installée en Gironde. La nuit de dimanche à lundi a été « globalement stable », selon la préfecture, et le « mégafeu » a pu être déclaré « stabilisé » lundi 27 juillet au soir, porté par des conditions météorologiques enfin favorables et une pluie salvatrice. Un soulagement de courte durée alors qu'en parallèle une nouvelle vague de chaleur s'installe, menaçant de raviver des foyers.

« Toutes les conditions sont réunies pour une reprise de l'incendie », alertait dès lundi Philippe de Gonneville, maire de Lège-Cap-Ferret, commune confrontée au retour des flammes. Une inquiétude confirmée par Météo-France, qui annonçait le retour de températures caniculaires dès mardi – jusqu'à 40 °C par endroits. Mardi soir pourtant, la préfète de Gironde s'est voulue rassurante : malgré 14 reprises de feu enregistrées, le mégafeu « n'avançait pas ». Un premier signe encourageant qui a permis aux 57 000 habitants des communes proches de Bordeaux évacuées de rentrer chez eux « s'ils le souhaitent ». Mais la situation n'étant pas revenue à la normale, la majorité des 220 000 personnes évacuées dans le département devra encore patienter avant de retrouver son domicile. Si le bilan humain épargne la population civile, celui des sapeurs-pompiers s'alourdit de jour en jour : ce mercredi, on dénombre au total 126 sapeurs-pompiers blessés, 16 de plus que la veille. Outre les secours, dans les zones sinistrées, c'est toute une solidarité civile qui s'est constituée pour venir en aide aux soldats du feu. Dans les Landes, la situation semble quant à elle stable, l'incendie ayant finalement été fixé lundi soir après 3 600 hectares et 198 bâtiments détruits. Un soulagement pour la plupart des 30 000 personnes évacuées dans le département qui ont pu retourner chez elles.

Un volet judiciaire qui prend de l'ampleur

Une semaine après le début des feux, c'est désormais le volet judiciaire qui a pris de l'épaisseur. La piste du chantier de débroussaillage se confirme peu à peu alors que plus d'une vingtaine d'enquêteurs travaillent sur le dossier. Le parquet de Bordeaux souhaite instaurer une politique pénale plus ferme envers les comportements susceptibles d'empirer les incendies. Pour l'heure, deux personnes sont soupçonnées d'avoir volontairement déclenché un départ de feu. Dans ce même cadre de durcissement des politiques pénales, neuf personnes sont poursuivies pour mise en danger de la vie d'autrui, soupçonnées d'avoir adopté des comportements dangereux dans un contexte d'incendies.