« Tous les coins de mon enfance sont en train de cramer, c’est un enfer. » C’est par ces mots, recueillis par Var-Matin, que Laura Calu dit son chagrin. L’humoriste, connue pour ses blagues piquantes, a le cœur lourd depuis que la reprise de l’incendie du Gros Bessillon a encerclé Correns, le village du Var qui l’a vue grandir. Installée dans le Sud-Ouest, elle raconte son impuissance et sa volonté de se rendre utile.
« Mon enfance, c’est Correns, Cotignac, Carcès, Aups, jusqu’à Toulon, Draguignan… Ici, c’est chez moi, ce sont mes terres. J’y reviens tout le temps. Ma mère — la seule grand-mère qu’il reste à mon fils — y vit, j’y suis très souvent », confie celle qui a quitté le département à 19 ans pour ses études de théâtre. Sa mère est restée sur place et vit l’épreuve en première ligne, refusant de céder à la panique.
« Un deuil » pour le village de son enfance
« Toute ma vie est là-bas. C’est un cauchemar, un deuil qu’on est en train de vivre. Se dire qu’on ne reverra plus jamais le village tel qu’il était avant. C’est très très dur à vivre », poursuit-elle. Sa mère a subi les coupures d’électricité et d’eau, les pertes de réseau et l’impossibilité de sortir du village pendant des heures. « Ma maman ne dort plus et passe sa vie à faire à manger pour les pompiers. Elle a mal aux jambes, elle est crevée mais ne pleure pas, elle reste forte alors qu’elle voit tout partir en fumée autour d’elle. Je n’arrête pas de pleurer. Je suis dans un état pitoyable. »
Dès le 26 juillet, Laura Calu a partagé un cri du cœur sur ses réseaux sociaux. Le feu avait pris dans le massif du Gros Bessillon et la menace pesait déjà sur Correns. « Madame le maire, Nicole Rullan, qui est mon ancienne institutrice d’ailleurs, s’est battue pour garder les pompiers auprès d’elle. Mais ils ont eu des ordres et sont partis. Et il y a eu la reprise de feu… Les flammes ont encerclé le village. »
« Plus de 95 % de nos forêts » partis en fumée
Le bilan est terrible. « Aujourd’hui, on a perdu plus de 95 % de nos forêts à Correns. C’est inimaginable », déplore l’artiste. Face à ce constat, elle a décidé d’agir : « Pendant la reprise de feu, je me suis dit : “là, il faut que je me bouge le cul”. J’ai des réseaux sociaux, je suis la seule personne connue du village, il faut absolument que j’essaie de faire quelque chose. »
Des habitants lui ont fait part de leur sentiment d’abandon. « On n’a pas assez de médias. On parle de tous les villages alentour mais à Correns, il n’y a pas grand monde », lui ont-ils écrit. Certains sont allés jusqu’à se demander, dit-elle, si l’indifférence médiatique était liée à l’étiquette politique du village : « est-ce que c’est parce qu’on est le seul village de gauche que tout le monde s’en fout ? » Ils ne comprenaient pas. Une fois son message relayé, des chaînes comme BFM ou CNews ont débarqué sur place, « pour filmer des gens sur des lits de camp », regrette-t-elle, estimant qu’il n’y a « pas que ça à dire ».
Un village pionnier du bio « sacrifié »
Laura Calu tient à rappeler que Correns est le premier village bio de France. « C’est injuste. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être dans le film “Don’t look up”. Un village comme celui-ci devrait être protégé et sauvé à tout prix. Parce qu’ils ont toujours tout fait pour donner l’exemple. » Elle va plus loin en reliant les incendies à la dégradation des sols : « si on en est là, avec tous ces incendies, c’est aussi parce que les terres sont pourries par des OGM et des produits dégueulasses. Ici, ça fait si longtemps que les gens se battent contre ça et leurs terres brûlent. C’est dégueulasse. »
L’humoriste a lancé un appel aux habitants pour recueillir leurs besoins et leurs propositions solidaires. « Je reçois énormément de messages. Cela fait 48 heures que je ne dors pas, et que je passe ma vie sur mon téléphone, à essayer de trier les messages, d’aider les gens, de soutenir, j’ai l’impression d’être psy », témoigne-t-elle. Les offres vont du prêt d’un bungalow pour une famille évacuée — plus confortable qu’un gymnase — à des massages ou une aide psychologique gratuite. « Je partage tout ça en story. En fait, mes réseaux sociaux en ce moment, c’est Le bon coin. »
Un événement solidaire en préparation
Pas question pour elle de lancer une cagnotte éparpillée : « Je n’ai pas envie de créer un milliard d’initiatives. Je vais essayer de me mettre en accord avec mon village pour mener une action globale. » Dans une vidéo partagée ce dimanche 2 août, elle a évoqué une initiative commune avec d’autres artistes. « Je suis en train de voir pour organiser un événement. Rien n’est encore certain car on est en plein dans l’urgence. Mais on aimerait le faire dans le coin assez vite : courant août ou début septembre. Il mélangerait musique électro, humour, show queer… Tous les bénéfices iront pour Correns et les villages alentour. »
Ce projet fait écho à un rêve plus ancien : « J’avais pour projet de créer un festival d’humour en 2026 dans mon village. Et puis je ne me suis pas sentie prête, j’avais décalé à 2027. Finalement, l’événement aurait dû se dérouler en ce moment à l’endroit même où les pompiers mangent. Parfois, la vie est vraiment bizarre… »
« Offrir aux enfants du village une cabane »
Interrogée sur la première action financée par les bénéfices, Laura Calu fond en larmes : « J’aimerais offrir aux enfants du village une cabane… » Elle évoque la forêt de Sainte-Anne, où elle avait sa cabane avec ses copines d’enfance. « Maintenant, ils n’ont plus ça… »
Malgré le drame, elle veut retenir la solidarité : « Je suis très fière des gens du village, peu importe le clan — car, oui, il y a des clans dans les villages. Bravo aux pompiers aussi. Je suis fière de la solidarité des Varois, de mon village en particulier. Les habitants se battent eux-mêmes contre le feu : les paysans, les chasseurs, tout le monde est sur le front. Même des copains d’enfance qui n’ont rien à voir avec tout ça sont allés en forêt risquer leur vie pour tenter d’éteindre des flammes. C’est dingue… Mais cela ne m’étonne pas : ces gens aiment tellement leur terre que c’est pour eux un enfer ce qui est en train de se passer. »
Pour contacter Laura Calu, il est possible de lui écrire à l’adresse laura.calu.pro@gmail.com.



