Samedi 19 septembre 2026, plus de 2 500 personnes se sont réunies dans le théâtre antique d'Arles, à l'appel du collectif THT 13/30, pour s'opposer au projet de ligne aérienne à très haute tension (THT) porté par RTE entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer. Une centaine d'élus de tous bords ont signé un serment solennel, promettant de lutter contre ce projet et appelant l'État à ouvrir un dialogue territorial.
Un rassemblement démocratique et citoyen
Le collectif THT 13/30 avait annoncé un rendez-vous "démocratique et citoyen". Les porte-parole Jean-Luc Moya et Jean-Laurent Lucchesi ont ouvert la soirée en déclarant : "C'est un moment grave mais plein d'espoir." L'assemblée était composée d'agriculteurs, d'écologistes, de professionnels du tourisme, d'acteurs culturels, de simples citoyens et d'une centaine d'élus, assis côte à côte sur les pierres du théâtre antique.
En fin de rassemblement, six maires des principales communes concernées par le tracé, dont Patrick de Carolis (Arles) et Nelson Chaudon (Beaucaire), ont lu et signé un serment en faveur d'une solution alternative à la ligne aérienne. Ce texte sera envoyé au Président Emmanuel Macron. Les élus ont notamment déclaré : "Nous appelons l'État à ouvrir un dialogue territorial exigeant, constructif et durable avec l'ensemble des acteurs concernés, afin de rechercher les solutions permettant de concilier décarbonation, réindustrialisation, souveraineté énergétique, développement économique, agriculture, préservation de l'environnement et protection des patrimoines de nos territoires."
Les impacts paysagers, agricoles et environnementaux
Les porte-parole ont décrit les impacts du projet : "Ils sont d'abord paysagers, avec ces 180 pylônes (145 selon RTE, NDLR) de 60 à 80 mètres de haut, qui vont traverser des zones naturelles. Ils sont aussi agricoles, menaçant la perte des sept labels ou AOC du territoire, économiques, environnementaux…"
Jean Jalbert, directeur général de la Tour du Valat, a rappelé un paradoxe historique : en 1972, Georges Pompidou avait reçu une donation de la WWF pour contribuer à l'acquisition par l'État de 13 000 hectares de la réserve naturelle de Camargue. Le Président avait alors déclaré que la Camargue serait tenue à l'écart des dangers des futures installations industrielles du complexe de Fos. Jean Jalbert a souligné que le territoire entre Alpilles, Crau et Camargue est devenu "le triangle d'or de la biodiversité" avec la plus forte concentration d'outils de protection en France. Il a demandé : "L'État aurait-il perdu la mémoire ?"
Une erreur de stratégie technique
Michel Peronnet, ancien industriel ayant travaillé sur le port de Marseille, a démontré l'erreur de stratégie de l'État et de RTE. Selon lui, le projet renforce le recours au seul poste de Tavel, d'où RTE a déjà trois lignes THT aériennes de 400 kV. Les industriels de Fos et 12 % de la population française dépendraient alors d'un seul poste électrique 400 kV. Une panne sur ce réseau, avec les risques accrus liés au changement climatique, pourrait avoir de lourdes conséquences.
Michel Peronnet a travaillé pour le collectif sur des solutions alternatives, notamment l'enfouissement de la ligne, avec des solutions maîtrisées par RTE. Patrick de Carolis a même suggéré que RTE pourrait être le premier gagnant d'un revirement : "Car les recours que nous mènerons contre le projet actuel le retarderont de plusieurs années, ce qui pourrait pousser les industriels, qui ont besoin de certitude, à s'implanter ailleurs. Nous aurions alors, les pylônes et les câbles, mais plus les industries. Or, ce n'est pas qu'une ligne sur une carte, ce sont des paysages qu'on défigure, qu'on balafre."
Agriculteurs menottés et assignés en justice
La stratégie de l'État a été illustrée par l'arrivée sur scène de trois agriculteurs menottés, symbolisant leur passage au tribunal lundi avec quatre autres collègues, pour avoir refusé aux agents de RTE l'accès à leurs propriétés. L'agricultrice Carole Guintoli a exprimé son émotion : "Cette persécution dure depuis de longs mois mais ça n'a pas encore vraiment commencé. Ce chantier, des pylônes… Le monstre n'a pas encore totalement envahi nos vies, même si elles sont déjà fragilisées. Si l'État et RTE s'entêtent, nous finirons morts ou en prison, nous n'aurons plus rien à perdre."
Le serment des élus, qui sera envoyé au Président Macron, constitue une étape supplémentaire dans la mobilisation contre ce projet de ligne THT.



