Incendies dans le Var : « Il faut des territoires résilients »
Incendies Var : il faut des territoires résilients

Alors que le réchauffement climatique intensifie les incendies, le contrôleur général Eric Grohin, directeur du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) du Var, appelle à une prise de conscience générale : « la lutte contre l'incendie ne suffit plus, il faut des territoires résilients, et assurer la défendabilité des maisons ». Selon lui, sans cette adaptation, « cela finira inévitablement par des drames ».

Un été marqué par des feux dévastateurs

Les incendies de l'été 2026 ont causé des dégâts considérables dans le Var : quarante maisons ont été détruites dans l'incendie du Gros Bessillon, quatre dans celui des Arcs-Taradeau, et plusieurs centaines ont été sauvées par les pompiers. Ces derniers, lorsqu'ils défendent une maison, ne peuvent pas s'attaquer à l'avancée du feu.

Depuis une petite décennie, les sapeurs-pompiers du Var promeuvent le concept de défendabilité face à l'incendie. « On a un officier notamment qui était très précurseur sur le sujet. Cela lui a valu quelques tensions parfois avec des élus locaux, qui regrettaient de ne pas pouvoir faire tout, et un peu n'importe quoi parfois, en matière d'urbanisme. Malheureusement et sans surprise, les incendies de cet été, et le nombre de quartiers habités touchés, nous donnent totalement raison a posteriori », explique Eric Grohin. Le Sdis du Var sort ainsi des incendies de l'été « conforté dans nos convictions ».

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La défendabilité des maisons : quatre facteurs clés

Pour le directeur du Sdis, la défendabilité des maisons est « rendue possible en conjuguant 4 facteurs : d'abord, assurer bien sûr le débroussaillement réglementaire, en évitant absolument la présence d'arbres au-dessus de la maison : c'est très souvent par là que le feu pénètre… Vient ensuite l'accessibilité des voies d'accès. C'est un problème majeur. Aux Arcs, on n'a pas pu monter sur le feu pendant un long moment, le temps que les habitants évacuant descendent le chemin qui n'est pas assez large pour se croiser. Il y a encore la DFCI, c'est-à-dire avoir suffisamment d'eau pour défendre sa maison le temps du passage du feu. Et enfin, le choix de matériaux de construction cohérents avec le fait d'habiter en forêt : éviter le bois, le PVC… »

Il va jusqu'à évoquer « la question du bannissement de certains végétaux ornementaux, comme les mimosas ou les cyprès, qui sont de véritables torches. C'est par les haies de cyprès que l'incendie venu de la forêt pénètre et traverse des lotissements entiers, par exemple ».

Des territoires résilients et une population sensibilisée

Au-delà des maisons, Eric Grohin insiste sur la nécessité de « sécuriser l'interface entre l'habitat et la forêt » et d'« organiser la défense de la forêt contre l'incendie, la DFCI, en ouvrant des pistes en forêt, en créant des réseaux d'eau, des citernes, et des coupures de combustible, de type agricole ou pare-feu ». Il souligne que « s'il faut toujours plus de moyens de lutte, notamment des moyens aériens pour continuer à éteindre 97 % des feux avant qu'ils n'atteignent cinq hectares, la lutte seule contre les feux de forêt ne suffira pas, face au changement climatique ».

Les pompiers du Var proposent « des porter-à-connaissance à destination des communes. Il s'agit d'informer les maires des risques feux de forêt sur leurs communes, selon les critères du Sdis : accès à l'eau, accessibilité des chemins, débroussaillement… Ils ont ainsi toutes les cartes en main pour agir, pour améliorer la défendabilité de leur territoire ». Eric Grohin ajoute « un volet éducatif. Il y a urgence à sensibiliser et former la population, dès l'école, à comment réagir en cas de feu de forêt, mais aussi d'inondation, de tremblements de terre, etc. La France n'est pas un bon élève de ce point de vue, il faut que la population, elle aussi, devienne résiliente ».

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Vers un certificat annuel de débroussaillement ?

L'officier imagine enfin une évolution « bienvenue » du côté des assureurs. « Pourquoi ne pas créer un dispositif comme un certificat annuel attestant du bon débroussaillement d'une maison située en zone forestière ? Cela se fait bien pour le ramonage des maisons équipées d'une cheminée… » L'idée est lancée. Si le bilan des incendies de l'été 2026 est lourd, les projections climatiques laissent entrevoir de pires années à venir. Parmi les adaptations nécessaires, celles permettant de se protéger des incendies de forêt prennent tout leur sens, dans le Var en particulier.